« LB 25 », c’est d’abord un titre qui intrigue. Nom de code ? Oui, d'une certaine manière. Celui de Ginka, prostituée originaire de l’est, sauvageusement assassinée dans le silence d’une nuit de décembre 1999. C’est aussi une image, celle de l’affiche. Une femme à la nudité dévoilée au travers d’une position troublante : autant accessible qu’inaccessible. Elle est chienne, mais une chienne enragée, qui crache à la figure de qui veut l’entendre sa haine du métier, son dégoût pour le foutre sans arrêt déversé par des hommes rougis par la honte, et malgré tout, cette impossibilité de se défaire d’une activité où, parfois, le plaisir affleure.
« LB 25 » raconte l’histoire de femmes dont le corps répond sans ambages aux fantasmes les plus turpides, histoire clamée par un être seul en scène. Porte-parole d’une couche répudiée par une société hypocrite, la comédienne Valérie Brancq incarne la prostitution, en ce qu’elle a de plus vulgaire, de plus violent, de plus symbolique et de plus douloureux. Sérieuse et provocatrice, elle puise son langage dans des textes signés Nelly Arcan, ex escort-girl brillamment convertie à l’écriture (son autofiction, "Putain", remporte les prix Medicis et Femina), et Grisélidis Réal, prostituée, auteure suisse et fondatrice de l’association de défense des prostitués Aspasie.
Mets-toi (à) nu(e)
Les textes prennent vie dans la bouche et le corps de cette femme, en pleine possession de son rôle. Elle a tout de la pute : son arrogance, son regard fier, sa chatte ouverte, ses cuisses rosies, sa cambrure travaillée, ses cris feints et son corps désirable. Elle s’expose au spectateur comme jamais. La mise à nu est complète, désespérée, sans demi-mesure. Physique autant que psychique, ce dénuement lève le voile sur une douleur indéfectible. Sur un moi à la perdition d’autant plus cruelle qu’elle est consciente.
A la mise en scène, Olivier Tchang-Tchong tour à tour dramatise et magnifie cette exhibition, par une musique lancinante, douce, ou rude, par des affaires courtes qui sont là pour mieux être ôtées, et par ce micro, qui amplifie le cri d’une fourrure meurtrie.
« LB 25 » est une expérience, un spectacle qui se vit au moins une fois dans l'existence, un catalyseur des angoisses, un révélateur des fantasmes et une épreuve pour les sens. La prostitution y trouve son expression la plus crue et la plus digne.
Cécile STROUK, Paris












