Le passage dans la première décennie du millénaire s’est déroulé d’une façon tout à fait particulière au domaine d’O où depuis l’arrivée de Christopher Crimes, une nouvelle programmation s’est progressivement imposée. Et pour le réveillon le directeur des lieux avait concocté à son public une soirée hors norme.
Autour de la venue d’Archaos dont seulement deux dates étaient programmées dans le sud de la France, il avait fait le choix de thématiques tour à tour scientifique, environnementale, conceptuelle ou expérimentale. Pour cela, la compagnie montpelliéraine Bruitquicourt a conduit la foule et anticipé ses réactions (ce qui n’est pas rien) pour l’amener à une évolution, dans l’espace d’un parc, qu’elle n’avait pas forcement envisagé. On ne peut que féliciter le travail de cette compagnie mené par Luc Miglietta.
Puis le spectacle pris corps. D’abord l’observation d’une éclipse de lune, très partielle, a participé à l’excitation d’un début de soirée axé sur la convivialité. Ensuite, le public s’est empressé de rejoindre le chapiteau où l’attendait la compagnie Archaos et les élèves de l’école de cirque nationale de Rio de Janeiro. Ce spectacle, précédant le "Chant des sirènes" et le "Bar des As" de la compagnie Mécanique vivante, fut le clou de la soirée.

Si d’emblée, il est difficile d’entrer dans le vif du sujet soulevé par « In vitro 09 » sans être averti de ce qui se joue sur la piste, à savoir la naissance de clones mutants, les numéros de neuf jeunes artistes virtuoses ont très vite impressionné par leur niveau de technicité. Mais ce qui a surpris en réalité, outre la façon dont la piste fut utilisée - une structure en forme de diamant étant posée en son centre -, c’est l’écriture, la composition scénique du spectacle établie telle une contrainte. La mise en scène revêt parfois l’habit de la comédie musicale, on imite West Side Story, et puis la musique contemporaine (électronique, rythmes brésiliens, rap) prend le pas. A vue, deux générations de clones contestables anticipent rivalités urbaines puis éclosion d’un duo de clones parfait.
Devant une débauche de talents, un moment de grâce était donné au public avec le numéro d’équilibre de la toute jeune Sarah Trägner, à la peau blanche poudrée de rouge. Cette fée de l’équilibre sur corde molle a époustouflé tout le chapiteau. Elle a effacé les traces humaines sur son passage. On ne voyait plus son partenaire. Il n’y avait qu’elle. Puis la soirée a suivi son cours… Le public avait fait provision de beautés sans vraiment se préoccuper qu’il s’agissait là d’images de laboratoire. Ici la forme a pris le pas sur le fond, comme le rêve sur la réalité, comme la nuit rebelle éclipse la lumière. Place était faite à l’imaginaire.
Christelle ZAMORA, Montpellier









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