Monsieur le 6, c'est Donatien Alphonse François de Sade. Le nom évoque pour chacun l'interdit transgressé, le mariage sulfureux de la jouissance et de la souffrance. Mais sait-on que Sade a passé près de la moitié de sa vie en captivité ? C'est à cet être brisé par des années d'incarcération qu'Agathe Mélinand, auteur et réalisatrice de la pièce, redonne une voix.
Le comédien Eddy Letexier est 'Monsieur le 6', un être dont la fragilité et la rage à peine contenue transparaissent dans chaque mot, chaque muscle tendu d'un corps que la morale et le pouvoir souhaiteraient réduire à un simple numéro: numéro 6 du cachot de Vincenne où Sade fut enfermé pendant 8 ans.
"Débauche agravée et sodomie, dangereuse folie, démence libertine", tels sont les griefs qui font s'enchainer les incarcérations. Car la biographie de Sade c'est aussi et surtout cette succession d'enfermements : Chateau d'If, Saumur, Pierre Encise, Miolans, Vincennes, Bastille, les Carmes, Saint Lazare, Picpus, Sainte Pélagie et pour finir Charenton où Sade meurt à 74 ans dans l'isolement, la solitude et le dénuement absolu.
Entre prison et asile
Sade est il ce fou qu'il convient d'isoler, de priver de mots et de papier ? La mise en scène participe de ce doute: plateau et enceinte du théâtre sont blancs, d'un blanc clinique, espace flottant entre la prison et l'asile. Des papillons géants, d'un bleu phosphorescent, sont piqués sur le mur de fond de scène. Quelque chose indispose dans cet alignement très esthétique qui pourrait être le fruit d'un collectionneur maniaque.
Le quotidien de Sade en prison est fait de brimades et vexations. Et de récits de débauches que l'on dira plus tard sadiques - lointains souvenirs qu'Eddy Letexier relate avec une gourmandise de sale gosse. Mais Sade en prison c'est surtout un cri perpétuel, étouffé, vociféré. Exaspéré, Sade confie: "J'ai de violentes attaques de nerfs, des agacements, des crispations, je vous répète qu'on devient tout à fait fou, que la tête y pète tout à fait".
Cette extrême tension qui fait que tout peu basculer, cette violence rentrée, Eddy Letexier nous la donne avec son corps et avec son phrasé : un tremblement, un mot trop bien articulé trahissent l'isolement, la détresse et la rage d'un homme abandonné de tous et de tout. Ses tirades écrites dans cette belle langue châtiée que fut celle de Sade ont des accents d'universalité.
Subversif plus qu'obscène, libertaire plus que libertin, le malheur de Sade, l'athée rebelle, est d'avoir fait peur aux autorités pétries de morale et de religion. A l'issue de la représentation, on veut bien croire Sade lorrsque'il dit: "Ce n'est pas ma façon de penser qui fait mon malheur, c'est celle des autres".
Lucie HERON, Toulouse











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