Critique - Théâtre - Paris
La lesbienne invisible
Quand l’invisibilité joue des tours
Par Cécile STROUK
La lesbienne invisible est une notion qui a pris toute son sens quand la série "The L word" est arrivée sur nos petits écrans. Ce groupe d’homosexuelles, mises en valeur par des plastiques aussi séduisantes que les salaires, a modifié dans l’inconscient collectif le stéréotype masculinisée de la lesbienne. On a compris, à travers ces tumultueuses tribulations "los-angelesiennes", que les femmes qui aimaient les femmes pouvaient pratiquer le saphisme sans l’afficher socialement.
C’est justement cette catégorie de lesbiennes qu’Océanerosemarie incarne sur scène dans une pièce à l’intitulé révélateur, « La lesbienne invisible ». Dès le départ, elle annonce la couleur : elle aime les femmes, sans entraves et sans temps morts, avec une passion contagieuse. Mais son look hétérosexuel, au lieu de jouer en sa faveur, la dessert. Aux yeux des hétérosexuels d’une part qui, pour la tranche féminine, y voient un savoureux fantasme d’un soir et, pour la tranche masculine, y voient un leurre aguicheur. Mais aussi et surtout, aux yeux des "butchs". Pour ces filles qui portent un pantalon Carhartt orné d’une grosse ceinture et d’imposantes Dock Martins et pour qui l’homosexualité passe par des codes vestimentaires, le doute s’installe avec autant de force.
Etre crédible, toute une histoire
Océanerosemarie raconte son combat. Non pas celui, éculé, d’assumer sa différence, mais celui, insolite, de devoir affirmer sans relâche ses préférences. Elle choisit le mode de l’humour pour dire son parcours embûché, l’agrémentant d’anecdotes qui auront le mérite de faire sourire celles qui partagent sa propension pour le monde de lesbos. Il y est question de football féminin, massivement composé de lesbiennes, du Pulp, fameuse boîte goudou des années 2000 où l’intérêt se gagne par l’agressivité, des ex, vers lesquelles on revient toujours, des fantasmes, éprouvés dès la plus tendre enfance, ou encore des questions récurrentes que le commun des mortels se pose à propos de celles qui bousculent les poncifs du genre lesbien.
Dans une ambiance galopante, la comédienne démonte peu à peu tous les clichés (et dieu sait qu’ils sont nombreux) qui égratignent l’idée qu’on se fait de l’homosexualité féminine. Tour à tour, elle les détourne, les exacerbe ou les piétine pour mieux mettre en exergue leur absurdité et parfois aussi, leur vérité.
Ce spectacle fait un bien fou à l’image habituellement véhiculée de la lesbienne. Océanerosemarie la réhabilite, la densifie et lui donne un véritable éclat. Destiné à tous les publics, « La lesbienne invisible » ne peut que faire avancer les mœurs.
Cécile STROUK, Paris











sur DailyMotion


