Phèdre
Publié le 26 novembre 2009
La passion est un mot qui fait peur, un terme que l'on voudrait parfois vider de sa substance. Dans un amour pris au piège de la prison mentale, Phèdre illustre ce qu’être en proie aux tourments peut bouleverser les règles intimes, humaines et régaliennes. Le jeune metteur en scène Renaud-Marie Leblanc, familier du Théâtre des Treize Vents à Montpellier, s’attaque à ce monument du répertoire classique qui a réduit Racine au silence durant douze années.

Hippolyte, fils de Thésée et de la reine des Amazones, est l’objet du désir de Phèdre, sa belle-mère. Alors que des rumeurs annoncent la mort de Thésée, Phèdre livre son amour à Hippolyte mais au retour de Thésée, cet aveu se répand tel un poison infâme. Phèdre devient à la fois responsable du malheur des autres et victime de sa passion. 

Parce qu’il se situe à l’extrémité de la gamme chromatique, un peu comme la passion place Phèdre à l’orée de la réalité, le blanc maquille la pièce comme un premier signe de rupture. Dans un décor contemporain, le dispositif frontal choisi par le scénographe Olivier Thomas donne au texte toute son amplitude. Les costumes ne sont pas riches. Peu ornés, ils sont nobles et attachés par le détail à leur époque.

Dans cette blancheur presqu’irréelle, le drame vient se nouer où la mort s’annonce déjà. Patiente, manipulatrice, assoupie, accroupie, cruelle, vorace dans l’aveuglement de Phèdre, elle cherche à prendre vie dans le crime et la pulsion. La jalousie sera son siège. Et elle trouve déjà tout son sens dans la généalogie d'une reine, née d’une mère trop armée de désirs et d’un père, juge aux Enfers. Voilà qui conduit d’emblée une destinée.

Un public en haleine

Du rythme, il n’y a rien à dire. Quant à la résonnance des vers posés dans la bouche des comédiens comme autant de contraintes, il faut reconnaître que c’est une performance que le débit vocal d’une telle pièce.

Voix chuchotées, balancées ou projetées donnent le tempo d'une mise en scène qui tient en haleine. Cris, amplitude et fluctuation du débit sonnent bel et bien. Quant à Roxane Borgna qui interprète Phèdre, il faut bien avouer qu’elle domine ce rôle ; pas seulement parce qu’elle est le principal sujet de la tragédie qui se joue mais parce qu’elle est tout à la fois meneuse, reine, femme fatale. Elle a tellement saisi l’essence de Phèdre qu’on a peine à la voir mourir si lentement. Là, une mort plus empressée aurait soulagé bien des cœurs.

Christelle ZAMORA, Montpellier

Montpellier Du 10/11/2009 au 21/11/2009 Théâtre de Grammont Domaine de Grammont CS 69060 34965 Montpellier Téléphone : 04 67 99 25 25. Site du théâtre   Marseille Du 09/12/2009 au 19/12/2009 Théâtre de la Criée 30, Quai Rive Neuve 13007 Marseille Téléphone : 04 96 17 80 00. Site du théâtre   Forbach Le 07/01/2010 Le Carreau, scène nationale de Forbach Avenue Saint-Rémy 57600 Forbach Téléphone : 03 87 84 64 34. Site du théâtre   Saint Raphaël Le 15/01/2010 Théâtre de Saint Raphaël Téléphone : 04 94 19 88 40.   Gap Le 19/01/2010 La Passerelle - Scène nationale de Gap 137 bd. Georges Pompidou 05000 Gap Téléphone : 04 92 52 52 52.   Grasse Du 28/01/2010 au 29/01/2010 Théâtre de Grasse 2, avenue Maximin Isnard Grasse Téléphone : 04 93 40 53 00 . Site du théâtre   Nice Du 03/02/2010 au 05/02/2010 Théâtre National de Nice Promenade des Arts, 06300 Nice Téléphone : 04 93 13 90 90 . Site du théâtre   Draguignan Le 16/03/2010 Théâtres en Dracénie Boulevard Georges Clemenceau 83300 Draguignan Téléphone : 04 94 50 59 55. Site du théâtre  

Phèdre

de Racine

Théâtre
Mise en scène : Renaud-Marie Leblanc
 
Avec : Olivier Barrère, Francine Bergé, Roxane Borgna, Véronique Mailliard, Fabrice Michel, Jan Peters, Perrine Tourneux

Mise en scène : Renaud-Marie Leblanc

Scénographie : Olivier Thomas

Lumières : Erwann Collet

Costumes : Julien Silvéréano

Assistants à la mise en scène : Josiane Ferrara et Vincent Franchi