Hippolyte, fils de Thésée et de la reine des Amazones, est l’objet du désir de Phèdre, sa belle-mère. Alors que des rumeurs annoncent la mort de Thésée, Phèdre livre son amour à Hippolyte mais au retour de Thésée, cet aveu se répand tel un poison infâme. Phèdre devient à la fois responsable du malheur des autres et victime de sa passion.
Parce qu’il se situe à l’extrémité de la gamme chromatique, un peu comme la passion place Phèdre à l’orée de la réalité, le blanc maquille la pièce comme un premier signe de rupture. Dans un décor contemporain, le dispositif frontal choisi par le scénographe Olivier Thomas donne au texte toute son amplitude. Les costumes ne sont pas riches. Peu ornés, ils sont nobles et attachés par le détail à leur époque.
Dans cette blancheur presqu’irréelle, le drame vient se nouer où la mort s’annonce déjà. Patiente, manipulatrice, assoupie, accroupie, cruelle, vorace dans l’aveuglement de Phèdre, elle cherche à prendre vie dans le crime et la pulsion. La jalousie sera son siège. Et elle trouve déjà tout son sens dans la généalogie d'une reine, née d’une mère trop armée de désirs et d’un père, juge aux Enfers. Voilà qui conduit d’emblée une destinée.
Un public en haleine
Du rythme, il n’y a rien à dire. Quant à la résonnance des vers posés dans la bouche des comédiens comme autant de contraintes, il faut reconnaître que c’est une performance que le débit vocal d’une telle pièce.
Voix chuchotées, balancées ou projetées donnent le tempo d'une mise en scène qui tient en haleine. Cris, amplitude et fluctuation du débit sonnent bel et bien. Quant à Roxane Borgna qui interprète Phèdre, il faut bien avouer qu’elle domine ce rôle ; pas seulement parce qu’elle est le principal sujet de la tragédie qui se joue mais parce qu’elle est tout à la fois meneuse, reine, femme fatale. Elle a tellement saisi l’essence de Phèdre qu’on a peine à la voir mourir si lentement. Là, une mort plus empressée aurait soulagé bien des cœurs.
Christelle ZAMORA, Montpellier









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