Critique - Théâtre - Paris
Qui est Monsieur Schmitt ?
Une question existentielle dont la réponse déçoit.
Par Julien WAGNER
N'est pas Beckett ou Ionesco qui veut. Pourtant, le point de départ de " Qui est Monsieur Schmitt ? " se rapproche des univers absurdes et subtils de ces grands maîtres du théâtre. Un homme et une femme, -un couple-, en train de dîner dans leur appartement sont interrompus par le téléphone alors qu'ils ne sont pas abonnés, qu'ils sont incapables de sortir de ce chez eux alors que les meubles ont été mystérieusement remplacés par d'autres... Et que tout le monde les prend pour M. et Mme Schmitt. Ils ne sont plus les Bélier, ils sont désormais les Schmitt, délocalisés au Luxembourg de surcroît...
Après le succès des " Cochons d'Inde " qui lui a valu un Molière et après avoir fait les beaux jours de Canal Plus et des planches (notamment avec "Dieu habite Düsseldorff" en 2006 dont les sketches sans queue ni tête étaient tous hilarants), Sébastien Thierry revient avec une idée irrésistible dont lui seul à le secret. Etre pris pour quelqu'un d'autre jusqu'à ne plus être certain de son identité, de son vécu et de son passé... Une confusion absurde qui confine peu à peu à la démence. On pense à "La Moustache" et l'ombre de "La Cantatrice chauve" plane sur le théâtre de la Madeleine à Paris.
Richard Berry en roue libre
Force est de constater que la première partie, lorsque Richard Berry et Raphaëline Goupilleau sont tout d'abord interloqués par cette situation et acceptent de jouer le jeu en attendant de voir ce qui va en découler, est d'une drôlerie rarement atteinte. Les répliques sont tellement bien ciselées et interprétées qu'elles sont littéralement recouvertes par le rire des spectateurs. Richard Berry s'en donne à coeur joie, quitte à en rajouter quelque peu, éclipsant les seconds rôles à une existence fantomatique. Sa partenaire Raphaëline Goupilleau se révèle parfaite de bout en bout, ajoutant à son jeu des nuances bienvenues dans ce brouhaha général.
Là où le bât blesse, c'est lorsque Sébastien Thierry décide de pulvériser l'absurde de son texte en y apposant de la psychologie plus que convenue et une logique dont on se passait plutôt bien jusqu'alors. Comme si le besoin de tout expliquer devenait une urgence, oubliant que ce qui faisait justement la saveur de sa pièce, était de ne pas comprendre et de ne pas vouloir comprendre. Après tout, ce qui fait l'essence d' "En attendant Godot", c'est de ne jamais l'apercevoir. Pourquoi diable en arriver à ce final apocalyptique, anéantissant l'heure passée dans le rire, avec un prêchi-prêcha pseudo-analytique et consensuel ?
Alors qui est "Monsieur Schmitt" ? Une poule tuée dans l'oeuf. Ou un saumon luxembourgeois qui a remonté le courant de la rivière pour disparaître subitement, emportant avec lui les promesses d'un mets délicieux. Comprendra qui pourra.
Julien WAGNER, Paris










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