Boum ! Le fracas fait sursauter le public qui traîne à s'installer. Boum ! Tous les regards convergent vers la scène. Suspendues dans les cintres, des boules de glaces s'alignent par rangées comme autant de lustres éteints ou de décorations de Noël. Il a beau faire 17°C dans la salle, la glace fond et les boules tombent, ponctuant ainsi le spectacle d'explosions sonores. L'ensemble se complète par trois frigos à porte vitrée en fond de scène et, devant, une masse oblongue de glace pilée côté cour et deux pains de glace côté jardin.
Assis à même la glace, un personnage enveloppé d'une fourrure attend, seul. Puis, à quatre pattes, à la manière d'un chien fou, attrape un bout de glace, joue avec, le fait glisser à même le sol d'une patte emmitouflée à l'autre. L'étrange personnage se dresse enfin, enlève sa fourrure de camouflage, apparaît alors une silhouette filiforme bien que musclée, surmontée d'un visage pâle et androgyne.
Chaussettes-bas, culotte et soutient-gorge, le jongleur Philippe Ménard oscille entre féminin et masculin, explore et interroge les codes des genres. Vêtu d'une robe longue, il s'essaie aux symboles féminins : démarche de top-modèle, grossesse simulée au moyen d'un globe de glace, enfantement. Mais le simulacre reste le simulacre et la globe devient encombrant, déforme la robe, refroidit le corps.
La très belle scénographie de glace et les multiples transformations - il serait dommage de les déflorer toutes ici - apportent une note fantasmatique en images suggérées qui renvoie aux contes, Blanche-Neige et sa belle-mère bien sûr dans l'incarnation de la féminité conquérante (phallique), mais aussi Cendrillon (la femme cachée). Et comme dans tous les contes – enfin ceux non édulcorés -, la mort rode. Ici elle apparaît lors d'une séquence macabre de jonglage avec un hachoir de boucher. Le public frémit, et à ce moment précis la magie opère, le spectacle se densifie.
On accroche enfin au propos, jusqu'ici un peu délétère, de cet homme qui se sent femme, de cette femme dans laquelle transparait, la fatigue aidant, l'homme qu'elle fut. Ce jusqu'au dénuement final, ultime question d'identité posée non plus à lui-même mais au spectateur : suis-je homme ou femme ?
Paradoxalement, le reproche que l'on peut faire à Philippe Ménard avec ce spectacle sur la transformation et l'ambiguité, c'est qu'il/elle est arrivée trop loin dans sa propre transformation pour que son propos conserve toute sa pertinence. Pertinence retrouvée dès que la fatigue brouille les frontières des genres.
Céline JACQ, Nantes









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