Critique - Humour - Boulogne-Billancourt
"Les garçons et Guillaume, à table!"
Comment j'ai disputé mon identité (sexuelle)
Par Marie-Pierre CREON
Il était une fois un jeune homme appelé Guillaume. Un jeune homme timide, polissé par une éducation bourgeoise, materné par une grand-mère russe et une mère persuadée de l’homosexualité de son fils au point de la lui faire entendre dans l’appel quotidien : « Les garçons ET Guillaume, à table ! ».
Toute sa vie tourne autour de cette particule coordinatrice. En effet, son entourage familial a décidé qu’il était … une fille ! Alors Guillaume se conduit comme telle : admiration sans bornes pour la série des Sissi dont il s’amuse à pasticher les dialogues, travestissement en crinoline, délicatesse des manières, premiers émois troublés par une identité floue, tous les indices sont là, en apparence pour lui appliquer une identité sexuée. Ajouté à cela son affection immodérée pour sa mère dont il arrive à contrefaire parfaitement la voix, autre indice confortant son homosexualité cachée.
Guillaume Gallienne se raconte avec humour et détachement, brodant les évènements marquants de son enfance à l’âge adulte. Son séjour linguistique en Espagne où il apprend l’art subtil du flamenco dans les bras d’une matrone ibérique, son passé de bouc émissaire dans les pensions so chic de la Vieille Angleterre, son désintéressement pour « les trucs de garçons » comme le foot ou le rugby, sports exacerbant la rustrerie de l’humanité, sa stratégie pour être d’office réformé du service national sans avoir les pieds plats, son premier casting dans le 9.3 en veste 'Prince de Galles, cravaté écharpe Burberry …
Impossible de résister au talent de conteur et au verbe de Guillaume Gallienne lorsqu’il nous parle de sa particularité identitaire. Dans le très bourgeois Théâtre de l’Ouest Parisien, on se tord littéralement de rire.
To Be or not to Be…!
Le problème de Guillaume, ce sont les femmes et une en particulier : sa mère. Loin d’être un règlement de compte, ce spectacle est une déclaration d’amour à l’objet de ses tourments. Un fils qui aime les femmes, les comprend très bien, au point d’être considéré comme le meilleur ami gay que l’on invite à des pyjamas-party. Un fils regardé par une mère intimement persuadée que son fils préfère les hommes et qui lui fait dire pleine de sincérité compatissante : «Mais, tu sais mon chéri, il y en a qui vivent très heureux comme ça ! ". Le tabou est levé : Guillaume est officiellement homo.
Après 20 ans passés dans la peau d’une fille, le voilà né ‘garçon’ et affublé ce cette nouvelle étiquette jusque dans sa sexualité ! Alors la course identitaire reprend de plus belle. Guillaume Gallienne conte encore avec drôlerie ses tentatives pour passer à l’acte et trouver un apaisement, toujours dans la bonne humeur.
Jusqu’à rebrousser chemin in extremis face à l’obstacle phallique ! Quid des notables du parterre dans leurs polos Ralph Lauren ? Pas un frémissement désapprobatif, non ! On se poile, encore et encore !
Il faut dire que Guillaume Gallienne a le verbe fleuri, la métaphore subtile, nous rappelant parfois un autre acteur passé maître dans la façon de philosopher, de décortiquer avec des mots choisis, Fabrice Luchini. Attention ! On ne les confondra pas l’un et l’autre, chacun garde sa propre personnalité et sa propre méthode. Guillaume Gallienne reste lui-même, rien en lui ne nous donne l’impression qu’il est un ersatz. D’ailleurs, il est là où on ne l’attendait pas.
Aristo déjanté dans ' Jet Set ' ou en Comte de Vergennes perruqué dans le ' Marie-Antoinette ' de Sofia Coppola, Guillaume Gallienne nous montre ici d’autres facettes de son talent dans cette autobiographie passionnante dans laquelle beaucoup y reconnaîtront leur propre génitrice : son autoritarisme, ses sautes d’humeurs, ses côtés excessifs. Vif, frais, enlevé, fin et joyeux, le one-man show de Guillaume Gallienne est une thérapie bénéfique à voir ou à revoir pour le plaisir d’en rire.
Marie-Pierre CREON, Paris










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