Publié le 17 juillet 2009
Sur le délicat sujet de la pédophilie, un spectacle parfait qui, sans en avoir l’air, donne une efficace leçon de théâtre. Une alliance indéniable entre esthétique et thématique.

Quasi pas de décor. Un minimum d’accessoires. Un texte fort dans sa crédible limpidité. Sept comédiens aux jeux vocal et corporel sans faille. Et, pour chapeauter le tout, un sujet qui implique chacun : la protection des enfants, le difficile dialogue entre les parents et leurs gosses.

La rigueur domine la représentation. D’abord un annoncier, chef d’orchestre qui gère le rythme des séquences et de leur succession. Il est le témoin impartial, celui qui énonce les didascalies, permet à ses partenaires l’économie d’un geste ou d’une attitude. Il est l’homme qui rappelle au spectateur qu’il ne s’agit pas d’être passif mais d’activer son imagination.

Ensuite, les autres. Un juge qui enquête, cherche la vérité à tout prix. Une épouse qui est dépassée à cause de l’emprise du métier de son mari sur la vie familiale. Un fils dont le comportement à l’école est inquiétant. Un notable connu pour ses actes humanitaires mais soupçonné de tendances pédophiles, prêt à défendre son honneur par n’importe quel moyen. Une famille défavorisée d’origine étrangère avec un père, une mère et deux de leurs gamins.

Chaque scène se met en place en quelques secondes. Les comédiens endossent un rôle ou un autre, selon les besoins. Les personnages surgissent par l’intermédiaire de quelque signe : vêtement, allure, gestuelle, ton de voix, style de parole. Les répliques sont nettes, tranchantes. Elles ne s’embarrassent guère de circonvolutions. Elles font mouche, qu’elles déclenchent le rire parfois, qu’elles sidèrent par moments, qu’elles émeuvent fréquemment.

Toute vérité est ambiguë


L’intrigue progresse. Chacun révèle qui il est, bribe après bribe, quelles sont ses grandeurs et ses lâchetés. Sans exception. Les portraits se nuancent. Les sincérités se doublent de duplicité. Les évidences du début passent par le doute, la remise en question. Les circonstances expliquent, clarifient, ne solutionnent pas. Le temps se fige quelquefois, s’accélère ensuite entraînant le public dans la complexité du réel.

Juan Mayorga n’a pas écrit une pièce où le bien combat le mal, où les coupables le sont irrémédiablement, où les justiciers sont sans faiblesse. Il a écrit une œuvre dans laquelle on s’interroge sur le pouvoir de l’argent, sur le fossé qui sépare les nantis des marginalisés, sur le rôle des institutions telles que la justice et ses acolytes socio-médicaux, sur la démocratie. Et la fin de « Hamelin », brutale, laisse ouverte à l’imagination des hypothèses que son ambiguïté volontaire rend apostrophantes.

La troupe rend tout crédible. Sa cohérence est un atout qui renforce la conviction de chaque interprète. Le démontage des mécanismes dramatiques permet une distanciation fertile. Et nul, au sortir de la salle, ne peut s’empêcher de s’interroger sur lui-même, sur la société, sur la fragilité des êtres, sur le sens de la vie.

Michel VOITURIER, Avignon

Hamelin
Avignon - Avignon Off Du 08/07/2009 au 28/07/2009 à 20h00 Théâtre des Doms 1bis, rue des Escaliers Sainte-Anne. 84000 Avignon France Téléphone : 04 90 14 07 99. Site du théâtre   Bruxelles - Belgique Du 12/01/2011 au 20/01/2011 à 20h30 Wolubilis Avenue Paul Hymans, 251 1200 Woluwé-Saint-Lambert Téléphone : +32 2 761 60 30. Site du théâtre   Ath - Belgique Le 22/01/2011 à 20h Le Palace Grand-Place Téléphone : 00 32 (0)68 269 999. Site du théâtre Réserver   Dinant - Belgique Le 15/02/2011 à 20h Centre culturel 37 rue Grande Téléphone : 082/21.39.39.. Site du théâtre Réserver   Tournai - Belgique Le 16/02/2011 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver   Ottignies (Louvain-la-Neuve) - Belgique Du 02/03/2011 au 04/03/2011 à 20h30 jeu 19h30 Centre culturel 41 avenue des Combattants Téléphone : 0800/25 325. Site du théâtre Réserver  

Hamelin

de Juan Mayorga

Théâtre
Mise en scène : Christophe Sermet
 
Avec : Vanessa Compagnucci, Serge Demoulin, Francesco Italiano, Sophie Jaskulski, Thierry Lefèvre, Gaetan Lejeune, Fabrice Rodriguez

Assistant mise en scène: Jérôme Nayer

Scénographie, costumes, lumières : Saskia Louwaard, Katrijn Baeten


Durée : 1h35 Photo : © DR  

Production : Le Rideau de Bruxelles

Texte : Éditions Les Solitaires intempestifs, 2007
Traduction : Yves Lebeau