Critique - Théâtre - Tournai
Nouvelles et Courtes Pierres (Triple Solo Périlleux)
Bienvenue en Turakie
Par Julie GALLASSE
En Turakie, les marionnettes surgissent des valises, s’envolent dans des sacs à main, dorment sous une île, jouent de la guitare électrique ou perdent littéralement la tête. Un drôle de pays où les avions couvent des œufs, où des canards en plastique parviennent à voler, où un fer à repasser s’improvise médiator, où un gonfleur de matelas s’accorde très bien avec un saxophone.
Cela vous laisse perplexe ? C’est normal car les « fonctionnaires-saltimbanques » de cet état prennent un malin plaisir à faire en sorte que les spectateurs, nouveaux voyageurs en ce pays, ne comprennent rien. Et ils sont bien heureux de nous le faire savoir. Laissons donc de côté notre esprit cartésien et pragmatique ; laissons nous entraîner dans ces histoires où l’absurde est roi et le comique de mise.
Pour qu’éclate le théâtre de la raison
Michel Laubu et ses acolytes emmènent le public dans un univers fait de bricole et parsemés d’objets du quotidien. Quelques tables recouvertes de nappes à carreaux (en fait, ce sont des cartes maritimes trop pixélisées !), une valise, des avions en plastiques et le décor est planté.
Un marionnettiste, deux musiciens assis autour des tables prêts à se lancer dans une conférence turakienne. Une fois les présentations faites, la nappe commence à onduler, à former des vagues, les instruments à vents deviennent des cornes de brumes et l’on part en voyage.
Divers bibelots, jouets ou ustensiles vont devenir des éléments de manipulation et, aussi banals et connus qu’ils puissent être, ils prennent soudain une dimension tout à fait différente et originale. Détourner l’objet de sa fonction première pour le rendre poétique et unique. Et la salle rit, s’émerveille et s’étonne.
Ce spectacle est bien la preuve que le théâtre d’images peut parler à tous et faire naître des émotions spontanées qui n’ont pas besoin et ne doivent pas être expliquées. Alors, oui, de simples objets peuvent faire rire et rêver.
Gardons des yeux ébahis et laissons vivre notre imagination. Le théâtre est l’endroit où nous pouvons savourer un moment hors du commun, ne barricadons pas notre esprit.
Julie GALLASSE, Lille









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