Critique - Théâtre - Valenciennes
Infundibulum
La pesanteur et la grâce, les lois de Newton et de Darwin
Par Michel VOITURIER
Bizarre, ce titre, non ? Pas tant que cela dès qu’on en connaît la signification. Infundibulum signifie, entre autres, organe en forme d’entonnoir et plus particulièrement partie du cerveau qui relie notre hypothalamus, responsable de nos émotions, à l’hypophyse, siège de nos hormones essentielles.
Le décor, élément indispensable du spectacle, est en planches épousant l’aspect d’un entonnoir. Il sera l’agrès grâce auquel les protagonistes fourniront leurs performances physiques. Il symbolisera l’écoulement du temps, un temps qui nourrit la substance de la représentation.
Ce spectacle sans paroles peut en effet s’interpréter comme l’image de l’évolution de l’animalité à l’humanité. Ou celui des tâtonnements ludiques des bambins jusqu’à leur passage vers l’âge adulte et peut-être au vieillissement. Les débuts de la représentation font songer à la transition millénaire de l’aquatique au terrestre, de la mutation des primates au comportement humain.
Parallèlement, le travail s’articule autour de l’équilibre. Le spectacle tient à quelques fils. Les acrobates sont en conflit permanent avec la pesanteur. Ils sont accrochés à la structure en bois dont la disposition, selon les éclairages, paraît concave ou convexe. Si bien que les individus qui s’y meuvent paraissent alternativement sur un plancher ou sur un plafond, sur notre sol ou aux antipodes. Propulsés parfois par une balançoire russe, ils s’écrasent littéralement contre l’obstacle avant de retomber sur un tas de vêtements multicolores figurant le souvenir, la foule, la diversité.
Performances, acrobaties, musique et cirque
Le terrain de jeux aérien est habitat, toboggan, nid céleste, montagne abrupte, piste de skate, refuge, terrain miné… Agrippés à la structure, largués par elle, les acrobates-danseurs passent par une pesanteur à laquelle ils donnent de la grâce. Ils sont des Sisyphe condamnés à la chute et à l’ascension sempiternelles, contemplés par l’un d’eux aux allures de divinité souveraine quoique fragile.
Les rires de plaisir des protagonistes sont contagieux. Leurs cris sporadiques expriment quelque malaise vital, quelque exutoire face au destin. Tandis qu’alentour s’impose la musique essentielle d’Olivier Thomas, incarnée par un trio d’instrumentistes complices. Une vielle électrisée, des percussions insolites et un trombone presque free allient avec brio des compositions nourries de folklore, de jazz, de bruitages.
Parce qu’il est impossible de déployer sans cesse une énergie débridée, la fin laisse un peu le public sur sa faim. Les images restent fortes. Mais le recours au prestidigitateur de cirque ou au dresseur de chiens ferment le spectacle sur des séquences plus diluées qui s’oublient, tant le reste d’ « Infundibulum » laisse pantois d’audace et de dynamisme.
Michel VOITURIER, Lille









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