Critique - Théâtre - Thoricourt (Silly)
Purgatoire
Parcours de vie, parcours de mots
Par Michel VOITURIER
Dominique Bréda a des liens avec l’écriture d’un Jean-Michel Ribes. Son humour prend parfois des directions similaires à celles de son confrère parisien. C’est donc à un spectacle drôle qu’est convié le spectateur. Et si la vigueur de l’humour connaît quelques baisses passagères au cours de ce parcours d’existence, l’ensemble est plutôt décapant.
Au moyen de cinq sièges et de l’un ou l’autre accessoire, un quintet de comédiens devise, ensemble ou en duo ou en trio. Les dialogues connaissent la force des répliques brèves, celles qui s’enchaînent sur un rythme soutenu. Chaque séquence est vivifiée par l’énergie des jeunes interprètes affirmant un jeu soutenu vocalement et corporellement.
La naissance met en présence deux poupons philosophes. Dès l’expulsion du ventre maternel, ils glosent au sujet du monde, de ses travers, des difficultés à exister. La drôlerie tient au décalage entre les propos échangés et le très jeune âge des interlocuteurs dont la vraie préoccupation est, finalement, la tétée.
Ridicules et contradictions humains
La connaissance, telle que la télé l’envisage, s’incarne par la ridiculisation d’une gagnante de « Questions pour un champion ». Son savoir de perroquet encyclopédique ne fait pas le poids devant l’érudition passionnée d’une marchande de journaux. Le relais pris par la religion met aux prises un quidam ordinaire avec un collègue de bureau dont il vient de découvrir qu’il est juif. Les lieux communs s’épanouissent sur le terreau de l’imbécillité collective.
Les stéréotypes de l’approche de l’art contemporain par le snobisme sont laminés comme chez Ribes ou chez Reza. Le simplisme crédule des sectes ou des pseudo-philosophies marginales s’effrite rapidement au même titre que la mode des groupes de paroles destinées à soulager ses maux mentaux par la parole. Idem en ce qui concerne les dérives politiciennes, les usures du couple et même la mort qui connaît, elle aussi, des dysfonctionnements technologiques.
Nulle mélancolie durant cette cavalcade verbale. Pas davantage que de réflexion profonde sur notre condition. Mais une succession sans ralentissement de l’échange entre le plaisir de jouer des comédiens et les rires de la salle.
Michel VOITURIER, Silly (Belgique)










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