Critique - Silly
Marina ou comment Herman De Croo m’a sauvé la vie
Une puberté sauvée du désastre
Par Michel VOITURIER
Herman De Croo est un parlementaire flamand, parfait bilingue, à la carrière politique étirée. Il est connu pour son sens particulier de l’humour. C’est lui, en effet, alors que des manifestants hurlaient « De Croo, on aura ta peau », qui confiait à son entourage, nommant un de ses confrères ministres : « Heureusement, je ne m’appelle pas Bertouille… ». Mais c’est aussi celui qui instaura la mixité dans les écoles à la fin des années 60 du siècle passé.
Voilà le point de départ des confidences du petit Luckas entouré d’une palette de boîtes de Riz au lait Bosto, d’une carte de Belgique, d’un portait de De Croo et d’une planche anatomique. Celui-ci, nourri au riz, est le témoin perturbé de l’érection des premiers hypermarchés à Alost, des ciné-clubs catholiques, des victoires cyclistes d’Eddy Merckx, du succès de la chanson « Marina » par Rocco Grenatta.
Et précisément, une élève d’origine, italienne, Marina, débarque dans sa classe. C’est l’extase ! C’est aussi la paralysie qui empêche d’avouer son amour. Il se contente, comme il le dit, « d’orgasmes oculaires ». En marge de son éducation puritaine, il découvre la masturbation, le parfum du savon Lux, le carnaval et toutes les frustrations d’un ado mal dans sa peau.
Cette tranche de vie est jouée avec drôlerie et une dose certaine d’autodérision. Les mutations d’une société s’y lisent en filigrane. Les transformations physiques et mentales de la puberté rappellent à chacun son propre passé. D’où cette connivence bon enfant qui unit l’interprète et son public. Et si le destin dramatique des personnes qui espèrent se retrouver lorsque la vie les a séparées vient confirmer l’absurdité de notre condition d’hommes, c’est avec le sourire qu’il s’inscrit dans l’inéluctable.
Michel VOITURIER, Silly (Belgique)










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