Critique - Théâtre - Villeneuve d'Ascq (Lille)
Vivre sans but transcendant est devenu possible
Reality show sur le discours du vide
Par Michel VOITURIER
Quelle signification donner à sa vie quand elle est entièrement devant soi ? Quels idéaux défendre ? Quelles réponses donner aux interrogations qu’on formule ? Ces filles et ces garçons rêvent, espèrent. Mais leur conditionnement aux désirs immédiats et aux aspirations matérialistes, leur ignorance du réel dans le passé comme dans le présent les mènent à parler vide, à échafauder l’absurde.
Tout concorde. Ce que la télé leur propose est si futile, hyperémotif, éphémère, mercantile qu’ils sont à mille kilomètres de la morale, de la philosophie, de la réflexion. Ils tournent en rond dans leur auto-insatisfaction ; ils croient s’investir dans des élans qui retombent comme des soufflés ratés ; ils sont submergés par des violences velléitaires surgissant soudain au détour d’un regard ou d’une phrase. Ils ont le mot actif et l'acte passif, la sensiblerie déferlante et les sentiments atrophiés.
Une société de médias tics
Pour bien amener l’idée de medias, les comédiens viennent au micro pour monologuer ou dialoguer, avec ce faux naturel propre aux émissions audiovisuelles. Leurs propos sont aussi dénués de vraie profondeur que ceux de la majorité des interviewés de la télé, que ceux qui encombrent les blogs. Sauf qu’ici, les textes condensent ce néant de manière fort drôle.
Caricaturale aussi est l’idée de projeter les images filmées des acteurs soit en décalage temporel ultérieur à ce qui vient de se dérouler sur scène, soit en doublage vocal - direct mais volontairement pas toujours synchrone - de situations banales sous-tendues par des discussions pseudo-existentielles.
Cruel s’avère ce catalogue des errances verbales, de la vacuité et des blessures intérieures que notre époque, sous forme de marathon permanent de la confession intime, cultive avec une délectation masochiste. Il commence par un jeu d’anagramme entre une toupie symbolique et une utopie terrassée ; il se termine par le mot « rien ».
Michel VOITURIER, Lille










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