Publié le 27 octobre 2008
Antoine Lemaire visite le vide des pensées de l’adolescence désorientée. Il démontre avec un certain brio que ce vide est celui des reality show de la télé. En compagnie de cinq jeunes comédiens, il nous met face à un avenir où la vie semble dépourvue de sens.

Quelle signification donner à sa vie quand elle est entièrement devant soi ? Quels idéaux défendre ? Quelles réponses donner aux interrogations qu’on formule ?  Ces filles et ces garçons rêvent, espèrent. Mais leur conditionnement aux désirs immédiats et aux aspirations matérialistes, leur ignorance du réel dans le passé comme dans le présent les mènent à parler vide, à échafauder l’absurde.

Tout concorde. Ce  que la télé leur propose est si futile, hyperémotif, éphémère, mercantile qu’ils sont à mille kilomètres de la morale, de la philosophie, de la réflexion. Ils tournent en rond dans leur auto-insatisfaction ; ils croient s’investir dans des élans qui retombent comme des soufflés ratés ; ils sont submergés par des violences velléitaires surgissant soudain au détour d’un regard ou d’une phrase. Ils ont le mot actif et l'acte passif, la sensiblerie déferlante et les sentiments atrophiés.

Une société de médias tics

Pour bien amener l’idée de medias, les comédiens viennent au micro pour monologuer ou dialoguer, avec ce faux naturel propre aux émissions audiovisuelles. Leurs propos sont aussi dénués de vraie profondeur que ceux de la majorité des interviewés de la télé, que ceux qui encombrent les blogs. Sauf qu’ici, les textes condensent ce néant de manière fort drôle.

Caricaturale aussi est l’idée de projeter les images filmées des acteurs soit en décalage temporel ultérieur à ce qui vient de se dérouler sur scène, soit en doublage vocal - direct mais volontairement pas toujours synchrone - de situations banales sous-tendues par des discussions pseudo-existentielles.

Cruel s’avère ce catalogue des errances verbales, de la vacuité et des blessures intérieures que notre époque, sous forme de marathon permanent de la confession intime, cultive avec une délectation masochiste. Il commence par un jeu d’anagramme entre une toupie symbolique et une utopie terrassée ; il se termine par le mot « rien ».

Michel VOITURIER, Lille

Vivre sans but transcendant est devenu possible
Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 10/05/2011 au 14/05/2011 à ma me je 19h ve sa 19 & 22h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Vivre sans but transcendant est devenu possible

de Antoine Lemaire

Théâtre
Mise en scène : Antoine Lemaire
 
Avec : Armelle Forner, Arthur Fourcade, Justine Lequenne (Anne Jouvenet en alternance), Faustine Notebaert, Lionel Segard

Vidéo : Franck Renaud

Photo : © DR  

Production © Théâtre en Cambrésis (THEC)
Lauréat des Eurotopiques 1
Vu en octobre 2008 au Salon de Théâtre à Tourcoing.

Texte: Antoine Lemaire, "Vivrre sans biut transcendant est devenu possible", Lille, La Fontaine, 2011,  58p. (10 €)