Perfusion humoristique
Cécile STROUK Saint-Georges-de-Didonne
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Publié le 6 août 2020
Deuxième édition pour nous, trente-cinquième édition pour le festival qui fête en grande pompe masquée 34 ans d’humour et d’eau salée (si, si, les calculs sont bons). Dans la joie, la gratuité, la fantaisie et le respect. Une halte humoristique salutaire, qui s’est tenue du 1er au 7 août à Saint-Georges-de-Didonne, en Nouvelle-Aquitaine. Et surtout, un joli pied de nez au « covid-machin ».

Né en 1985 pour faire frémir les zygomatiques des Didonnais·se·s et des touristes venus se réfugier dans une forêt de pins maritimes et de chênes verts, le Festival Humour et Eau Salée est l’un des seuls à avoir survécu aux effets ravageurs de la Covid. De circonvolutions en improvisations, adaptations et distanciations, Denis Lecat – l’emblématique directeur et programmateur du festival – est parvenu à trouver une formule qui marche. Certes sans le charme libre et nomade de l’année dernière. Mais tout de même.

Au-delà du Great Pangolin Stadium bricolé pour l’occasion sur le stade Colette Bresson – point névralgique du festival niché à quelques pas de la plage –, le festival est parvenu à proposer des spectacles dans des ailleurs ravissants. Le coronalpinisme sur la plage de Saint-Georges-de-Didonne où les badauds ont pu gravir à l’horizontal le virus monumental dessiné par JBen sur le sable fin ; la Fanfare d’occasion qui a poussé de drolatiques grognements musicaux au gré de ses déambulations au cœur du parc de l’Estuaire ; Anne Mousserion, violoncelliste qui a dressé avec délicatesse le portrait de personnes âgées dans un centre spécialisé à travers des airs classiques chantonnés de concert par ce public éphémère ; et la répétition en plein air de l’impromptu oratoire proposé par le linguiste Julien Barret, en compagnie de 7 volontaires prêts à monter sur scène pour déclamer leur propre discours sur les intrications entre humour et bricolage (thème de cette année).

Le reste des spectacles s’est donc déroulé sur l’espace scénique du Great Pangolin Stadium (jauge de 450 places). Sur le podium de nos belles surprises, citons Le Magnifique Bon à Rien. Un seul en scène tout en palettes de bois et ballons de baudruche qui retrace avec une éloquente ingéniosité les grands moments du film de Sergio Leone, Le Bon, La Brute et Le Truand (1966). Une ambiance de Western Spaghetti rehaussée, pour le plus grand bonheur de nos oreilles, par l’hypnotique musique d’Ennio Morricone. Ensuite, le beatboxer Kosh et ses délirantes créations bucco-sonores, sur fond de récit auto-fictif qui aurait gagné à être plus resserré et plus assumé.

Et, en pole position, Chanson d’occasion. Un trio d’artistes chineurs, tout de jaune vêtu et d’humour possédé, qui recycle à la sauce manouche des titres de la chanson populaire. Un swing endiablé qui, ce soir-là, donne une couleur toute particulière à ces titres moult fois entendus. Seul vrai bémol : une présence uniquement masculine. Où sont les femmes ? Chez Emma La Clown, de nouveau invitée cette année pour l’inauguration mais que nous avons manquée. Comme nous a manquée une plus forte représentativité d’artistes femmes.

Quoi qu'il en soit, 2020 reste pour le festival Humour et Eau Salée une édition courageuse qui a su tenir ses promesses d’un humour fédérateur, réparateur et libérateur : « Un soin pour l’esprit et la démocratie ».