Noël TINAZZI Paris
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Publié le 20 janvier 2020
Dans sa mise en scène d’«Oncle Vania», avec la troupe du Théâtre des Nations de Moscou, Stéphane Braunschweig met en évidence le côté visionnaire de Tchekhov sur le changement climatique.

Familier de l’œuvre de Tchekhov, Stéphane Braunschweig aborde pour la première fois Oncle Vania (1899), sans doute la plus sombre des quatre pièces majeures du dramaturge. Il l’a montée à l’automne dernier dans sa langue originale à Moscou avec l’excellente troupe du Théâtre des Nations, héritière de la grande tradition russe du théâtre d’art.

Dans ces “scènes de vie à la campagne” (sous-titre de la pièce voulu par l'auteur), le metteur en scène pointe le côté prémonitoire de Tchekhov, véritable lanceur d’alerte sur le changement climatique. Plutôt dépressive, la pièce, qui traite comme toujours de la perte des idéaux et des rendez-vous manqués, passe pour une semaine dans son Théâtre de l’Odéon, en russe surtitré, dans toute sa radicalité mais sans défaitisme ni résignation.

Grand arpenteur des espaces urbains, architecturés et abstraits, sans détails anecdotiques, Braunschweig, qui signe aussi la scénographie, situe la pièce dans un décor rien moins que naturel. Tout se passe autour d’un bassin central circulaire, épicentre de la maison perdue dans la campagne russe, où chacun vient se rafraîchir et se ressourcer. Un territoire intérieur claustrophobe cerné de hautes palissades de bois en demi-cercle qui laissent à peine entrevoir le paysage extérieur. Dès la tirade introductive très visionnaire du Docteur Astrov, on est dans le bain, faisant le constat de la destruction des forêts, du tarissement des rivières et de la disparition du gibier qui s’ensuivent, avant de conclure : «le climat est détraqué, et, chaque jour, la terre devient plus pauvre et laide».

Mini écosystème

La famille dont il est question, avec sa galerie de personnages nombreux mais bien typés, fonctionne comme un mini écosystème sans enfant (donc sans futur) où les personnages se détruisent les uns les autres. Le rôle-titre de la pièce, Oncle Vania, n’en est pas le personnage principal, mais c’est lui qui souffre le plus, en silence jusqu'à l'explosion inévitable. Le centre (en creux) en est plutôt son beau-frère, le professeur Serebriakov (formidable Victor Verjbitski), personnage détestable, hypocondriaque, très imbu de lui-même, qui ne supporte pas la retraite campagnarde où il est contraint faute de moyens suffisants pour vivre en ville et menace de vendre le domaine qui ne lui appartient pas mais à sa fille, la jeune Sonia, issue d’un précédent mariage.

Pour sa part, son épouse actuelle, Elena attise les convoitises, celle de Vania qui l’aime en secret et celle du docteur Astrov qui en est follement amoureux, au point d’en perdre son sens de l’action. Pour la plus grande douleur de Sonia, qui se désespère de ne pas attirer l’attention du docteur.

A la fin de la pièce, quand tout est perdu, le docteur a une pensée pour l’Afrique où la chaleur va devenir de plus en plus invivable et provoquer des migrations sans précédent. Il ne se résout pourtant pas à baisser les bras.

Oncle Vania
Paris Du 16/01/2020 au 26/01/2020 à 20h Odéon Théâtre de l'Europe Place de l'Odéon Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Le dimanche à 15h

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Oncle Vania

de Anton Tchekhov

Théâtre
Mise en scène : Stéphane Braunschweig
 
Avec : Nina Gouliaéva ou Irina Gordina, Anatoli Béliy, Evguéni Mironov, Nadejda Loumpova, Victor Verjbitski, Elisaveta Boyarskaya ou Yulia Peresild, Dmitri Jouravlev, Ludmila Trochina

Collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel
Lumière : Marion Hewlett
Costumes : Anna Hrustalyova
Assistante à la mise en scène, surtitrages : Olga Tararine

Durée : 2h30