Une des dernières soirées de Carnaval
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 14 novembre 2019
Mise en scène avec grâce par Clément Hervieu-Léger et servie par une troupe de comédiens pleins de vivacité, la comédie de Goldoni représente les adieux émouvants du dramaturge à Venise avant son départ définitif pour Paris.

Quitter Venise ! C’est le sujet principal d’Une des dernières soirées de Carnaval, pièce méconnue de Carlo Goldoni. L’auteur vénitien par excellence y décrit avec la légèreté qu’on lui connaît la difficulté de s’arracher, même temporairement, à sa ville natale. Et à son public qu’il régale de comédies pétillantes écrites dans sa langue - ou plutôt son dialecte - , où il se démarque de plus en plus des stéréotypes de la commedia dell’arte.

Las des cabales lancées par ses rivaux, Carlo Gozzi et Pietro Chiari, le dramaturge prend congé avec cette pièce, la dernière composée et présentée à Venise (en 1762), avant de rejoindre Paris où on lui offre un contrat de deux ans à la Comédie des Italiens. Il ne quittera plus jamais la Ville lumière, et adoubé par le pouvoir royal, il y mourra en pleine Révolution, en 1793, ruiné, à 85 ans.  

Cette Dernière soirée de carnaval, qui à Venise marque la fin de la saison théâtrale avant le carême, est donc aussi et surtout une dernière vénitienne. Dans une mise en abyme très moderne, Goldoni y multiplie les adresses à son public et les piques à l’égard des critiques placées dans la bouche de tel ou tel personnage de la pièce qui en compte une bonne douzaine.

Les convives arrivent au compte-goutte dans la maison de Zamaria (Daniel San Pedro), tisserand aisé de Venise, veuf aimable qui assisté de sa fille unique, la charmante Domenica (Juliette Léger), donne une fête de clôture des festivités de carnaval. Cette microsociété de la bourgeoisie de Venise qu’il connaît bien pour en être issu, Goldoni la peint avec les visées dramaturgiques de celui qu’il considérait  comme  son  maître, Molière, à savoir le naturel. Et c’est le même naturel que vise Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la maison de Molière, la Comédie française.

Hymne vibrant à la patrie

Sans grande innovation mais avec beaucoup de charme, le metteur en scène, servi par une troupe de comédiens très réactifs, réussit à rendre le naturel d’une soirée entre amis plus ou moins chers, plus ou moins bien intentionnés les uns vis-à-vis des autres. Avec chacun ses traits de caractère, ses travers insupportables pour d’aucuns, ses qualités attachantes pour d’autres.

L’atmosphère d’authenticité est rendue également par les beaux costumes d’époque signés Caroline de Vivaise et la simplicité des décors qui tiennent à quelques éléments de mobilier : sièges faciles à déplacer par les acteurs qui s’y collent eux-mêmes sans barguigner pour faire place à la table du banquet, laquelle disparait ensuite en un tournemain pour le bal final. Bal qui, avec des musiques et des mélodies populaires d’époque chantées par Erwin Aros, joli timbre de haute-contre, puis reprises en choeur, est le point d’orgue de cette soirée d’adieux.

De ce spectacle, qui pèche seulement par sa longueur (près de 2h30), sourdent le charme et la mélancolie discrètes des pièces de Tchékhov, celles particulièrement où l’on est sur le départ. Justement, l’un des convives, le jeune Anzoletto (Louis Berthélémy), double manifeste de Goldoni, brillant dessinateur pour tissus, est appelé à Moscou pour y exercer ses talents. Déchiré entre sa carrière et son amour pour la fille du maitre de céans, le jeune homme réussira-t-il à joindre l’utile et l’agréable en emmenant sa tourterelle ? C’est un des enjeux de la pièce peuplée par ailleurs de portraits drôles et savoureux, brossés à petites touches.

A la satisfaction de tous, Anzoletto finira par enlever le morceau. Non sans avoir au préalable lancé un hymne vibrant à sa patrie vers laquelle, promet-il, il reviendra. Comme on le comprend !

Paris Du 08/11/2019 au 29/11/2019 à 20h30 Théâtre des Bouffes du Nord 37 bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Téléphone : 0146073450. Site du théâtre

Tournée

Du 4 au 14 décembre 2019 : Les Célestins, Théâtre de Lyon
17 et 18 décembre 2019 : Scène Nationale d’Albi
16 et 17 janvier 2020 : Théâtre de Bayonne
21 au 24 janvier 2020 : Théâtre de Caen
28 et 29 janvier 2020 : La Coursive - Scène nationale de La Rochelle
1er février 2020 : Théâtre de l’Olivier, Istres
4 février 2020 : Théâtres en Dracénie, Draguignan
7 et 8 février 2020 : Théâtre Sortie Ouest, Béziers
11 février 2020 : Espace Jean Legendre – Théâtre de Compiègne
13 février 2020 : Le Tangram, scène nationale d’Évreux
18 et 19 février 2020 : Théâtre Saint Louis, Pau
25 février 2020 : l’Avant Seine, Théâtre de Colombes
27 et 28 février 2020 : Théâtre de Suresnes Jean Vilar

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Une des dernières soirées de Carnaval

de Carlo Goldoni

Théâtre
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
 
Avec : Aymeline Alix, Erwin Aros, Louis Berthélémy,Clémence Boué, Jean-Noël Brouté, Adeline Chagneau, Marie Druc, Charlotte Dumartheray, M’hamed El Menjra, Stéphane Facco, Juliette Léger, Jeremy Lewin, Clémence Prioux, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro

Décors : Aurélie Maestre
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumières : Bertrand Couderc
Chorégraphies : Bruno Bouché

Durée : 2h25 Photo : © Brigitte Enguerand