Michel VOITURIER Bruxelles
Contact
Publié le 30 septembre 2019
Pour sa 5e édition, le prix Annick Lansman destiné à mettre en valeur une pièce écrite pour un jeune public de moins de 13 ans a couronné un texte qui traite de la régulation autoritaire des naissances. L’action se passe en effet dans un pays où les familles ne peuvent engendrer qu’un seul enfant sous peine de sanctions légales.

Le problème abordé par Cécile Mouvet est particulier. On sait qu’il y a eu, notamment en Chine, une réglementation sévère interdisant de procréer plus d’un enfant (1979-2015). L’auteure a donc imaginé ce qui aurait pu se passer dans une des familles qui avaient transgressé la loi. Pas tellement du point de vue des parents mais plutôt celui de l’enfant clandestin qu’il fallait cacher.

Comment une gamine réagit-elle lorsqu’on la met à l’écart de toute vie sociale, entre autre de l’école, alors que sa sœur est au contraire insérée dans la vie du village ? Sans se perdre dans des considérations psychologiques complexes, Mouvet suggère des échanges entre l’aînée et sa cadette dans un langage simple.

Pour décrire cette situation insolite, elle a recours au dédoublement des fillettes : Lia et Méi sont deux rôles d’adultes qui jouent en parallèle avec Lia et Méi enfants. Les femmes déroulent le récit de ce qui s’est passé, commentant en quelque sorte les situations et les actions accomplies ; les fillettes vivent le présent de leur jeune âge réagissant émotivement à ce qu’elles ressentent, pensent, désirent. Cette alternance produit une intéressante théâtralisation de cette histoire dans la mesure où elle permet à la fois d’être sensible au ressenti des gosses et de prendre du recul à travers les commentaires de grandes personnes.

Alentour, il y a les voix des villageois, celles des parents, celles qui alimentent les rumeurs. Il y a aussi les visites redoutées des contrôleurs des naissances envoyés périodiquement par l’administration toute puissante, qui sont menaçants, terrifiants, corruptibles parfois. Ces présences évoquent un environnement vital au sein duquel il faut affronter et se débrouiller pour vivre.

Cécile Mouvet évoque en premier le sentiment de quelqu’un qui est d’abord privé d’identité, qui est sans véritable nom officiel, qui se demande qui il est. Viennent ensuite les frustrations de ne pas avoir la liberté de sortir de la maison, de voir une sœur apprendre des choses nouvelles à l’école et de ne pas comprendre cette inégalité qui est inéquitable. D’autant que la coutume du terroir est de symboliquement planter devant la maison un arbre qui grandit avec le nouveau né et qu’un arbre clandestin pousse forcément moins bien, image permanente bien visible de la différence. 

L’auteure, franco-belge, a été libraire au Rond-Point à Paris et s’est spécialisée dans le répertoire ‘jeune public’. Elle pratique le théâtre d’objets, le conte, le mouvement et la mise en scène. Elle dirige la Cie « Le Pavot dans la Mare » et partage son existence entre Europe et Québec. On comprend que son écriture adaptée pour les plus jeunes ait séduit le jury du prix Lansman.

Étendre ses branches sur le monde : prix Annick Lansman 2018
à propos...

Lire : Cécile Mouvet, Etendre ses branches sur le monde, Carnières, Lansman, 2018, 38 p.

  Photo : © Couverture Charles Fleury

Prix Annick Lansman : 2010 Geneviève Billette, Les ours dorment enfin
                                   2012 Bénédicte Couka,  Le sable dans les yeux
                                   2014 Isabelle Richard-Taillant, Titan
                                   2016 Daniela Giverno, Respire ! 

Prix 2020:  http://prixannicklansman.blogspot.com/