NinLisa
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 14 juillet 2019
Les enfants d’artistes ont des relations douloureuses avec leurs parents dans la mesure où ceux-ci sont souvent absents pour pratiquer leur art, mener à bien une carrière dans laquelle les liens avec les rejetons se distendent ou s’exaspèrent. Pour Lisa, la fille de la musicienne de jazz Nina Simone, il en fut bien ainsi.

Thomas Prédour s’est emparé de la biographie de Nina Simone (Caroline du Nord, 1933- Bouches –du-Rhône, 2003) afin d’aborder une série de thèmes qui nourrissent un spectacle métissé : concert de jazz, récital de chant, dialogue théâtral, analyse des relations mère-fille, témoignage au sujet du racisme ordinaire, esquisse d’un regard critique sur le fonctionnement du showbiz. Pour cela, il s’est entouré d’une équipe exceptionnelle grâce à qui l’ensemble constitue un spectacle équilibré, chargé de sens, porteur de plaisir.

Le décor évoque vaguement un bar à jazz. Il possède en fond de scène une sorte de grand paravent. Un paysage y est évoqué entre des montants rectangulaires. Outre sa présence ornementale, il servira d’écran pour les projections documentaires puisées dans le réel, pour des apparitions en ombre chinoise de l’évocation mentale de la présence potentielle de Nina, pour le rappel de croquis utilisés en cours d’action. Il est aussi l’élément qui, servant de coulisse, ouvre sur l’espace virtuel du théâtre.

Un coffre volumineux s’inscrit au centre du plateau. Son usage initial est celui de praticable : on s’y assied, on y monte comme  sur un podium ou une scène. Lorsqu’on l’ouvre, il devient vieille malle de grenier à souvenirs : vinyls 33 tours de Nina, Myriam Makéba et autres jazzmen, bouquins à elle consacrés, biographie, farde à dessins… Tous éléments qui jalonnent un parcours de vie.

Cela est l’emballage de la création. Mais l’essentiel est dans l’équipe humaine réunie. Celle qui a réalisé le montage vidéo, celle dont les costumes colorent les corps, celle qui a conçu des éclairages d’ambiances diversifiées. Celle qui a composé les surtitrages sans lequel une majorité des spectateurs ne comprendraient pas les textes engagés des chansons en anglais. Et enfin, celle qui joue face au public.

Deux chanteuses dotées d’une présence vocale et physique impressionnante et capables d’être les comédiennes qui disent avec justesse un texte épousant des émotions panachées, entre rancœur et tendresse, entre colère révoltée et mélancolie, entre tristesse infinie et joie de vivre, écartèlement lorsqu'il faut choir entre défense d'un peuple et amour maternel. Isnelle da Silveira est Nina Simone. Elle y met son énergie, sa conviction, son sens de la mélodie. Dyna est Lisa, d’apparence plus frêle mais tout autant bourrée de vitalité et de détermination. Qu’elles chantent en solo ou en duo, leur connivence est permanente.

Au piano, enfin, c’est Charles Loos. Pareil à lui-même, homme de musique qui fait corps avec son instrument, qui fait oreille avec les chanteuses pour une harmonie fusionnelle avec ce qui se clame ou se susurre. Discret et présent, soutien et valorisateur. Formant un trio qui fait oublier l’inconfort des sièges de la salle.

Avignon - Avignon Off Du 05/07/2019 au 24/07/2019 à 21h35 La Chapelle du Verbe Incarné 21G rue des Lices, 84000 Avignon Réserver  

NinLisa

de Thomas Prédour, Isnelle da Silveira

Biographie Spectacle musical
Mise en scène : Thomas Prédour
 
Avec : Dyna, Isnelle da Silveira (chant, texte), Charles Loos (piano)

Conseiller à la mise en scène : Gabriel Alloing
Dramaturgie : François Ebouele
Scénographie : Cécile Balate
Construction des décors : Mario Bonatto, Quentin Gubin, Capucine Zumbrunn, Cécile Balate
Lumière, vidéo : Benjamin Struelens
Costumes : Judith Van Parys
Conseiller chorégraphies : Serge Aimé Coulibaly
Peintre : Alix Philippe
Régie : Louis Philippe Duquesne, Robin Van Bakel
Photo affiche
: Gaétan Bergez

Durée : 1h30 Photo : © Alice Piemme  

Coproduction : Théâtre Le Public (Bruxelles), la Ferme du Biéreau, la Cie Émozon

Coréalisation : ADOC, Chapelle du Verbe incarné

Soutiens : Province de Brabant wallon, lville d’Ottignies Louvain-la-Neuve, Lookinout, Tax Shelter de l’ Etat fédéral belge via Belga Films Fund, Communauté française