Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 15 février 2019
En Belgique, une association qui dure depuis 50 ans a le droit de prendre pour qualificatif l’adjectif ‘Royal’. Le théâtre carolorégien vient de fêter son demi-siècle. Une publication montre son influence sur la vitalité culturelle dans une grande cité.

Aux yeux des politiciens encore nombreux qui ne sont pas persuadés de l’importance d’une action culturelle dans une région, cet ensemble de textes est une bonne raison pour changer d’avis. Né durant une période où Charleroi, région victime de la mort d’industries wallonnes, était en train de s’enfoncer dans une désespérance économique, L’Ancre a été un moteur d’incitation créative.

1967, le temps est pour le théâtre dans les provinces belges, outre celui des troupes d’amateurs, celui de la venue récurrente des galas Karsenty. Ceux-ci exportent des spectacles parisiens à succès emmenés par une vedette accompagnée de comédiens pas toujours très talentueux. Jacques Fumière fonde le théâtre de l’Ancre. Il va bousculer cette routine en montant des spectacles provocateurs, abordant des thématiques nouvelles. L’impulsion était donnée. Il se poursuit aujourd’hui avec Jean-Michel Van den Eeyden et avec la promesse d’une nouvelle salle.

Ce noyau de résistance à la routine et au traditionalisme frileux va peu à peu s’imposer et finalement créer un esprit qui débouchera sur un accueil de la nouveauté, sur un élan que la fin des années 80 et le début de celles de 90 verront se concrétiser. L’époque profitera de la volonté de quelques individualités fortes porteuses de projets novateurs et de l’émergence de quelques hommes politiques ouverts au culturel. Les choses vont se précipiter. Le décès du directeur des Ballets de Wallonie, assez rétrogrades, permet à Frédéric Flamand de bouleverser tout avant son départ vers Marseille où il dirigera le ballet national.

Parallèlement, les Expositions du Palais des Beaux-Arts sont revues par Laurent Busine ; le photographe Georges Vercheval impose le Musée de la Photo ; le Centre culturel de Charleroi voit Pierre Bolle collaborer avec Fumière. D’où création d’un festival théâtral, une ouverture vers la Flandre avec le ‘Focus flamand’ et bientôt les biennales de Charleroi Danse. Entre-temps, l’Université libre de Bruxelles commence à implanter un Centre de Culture scientifique. Suivront une modernisation de l’urbanisme, le musée d’art contemporain BPS22, la métamorphose d’une friche industrielle en salles de concert et d’expos, Rockerill… et les succès footballistiques du Sporting de Charleroi. En prime s’adjoint Dirty Monitor une entreprise phare dans le mapping vidéo.

Parmi toutes ces transformations, L’Ancre a continué son travail créatif. On lui doit des spectacles mémorables grâce à Françoise Bloch (« Une société de services », « Money ») testés sur place en petite forme. Les éditions successives de « Tremplin Pépites & Co » ont révélé des talents. Mis en scène par Jean-Michel Van den Eeyden, l’autobiographie de Jean-Marc Mahy « Un homme debout » jouée par cet ancien meurtrier est devenue « d’intérêt public » ; elle parcourt les régions, les écoles comme prévention à la délinquance. Le rappeur Mochélan a été révélation depuis 2011 d’abord pour chanter Charleroi, ensuite pour continuer à présenter un rap singulier.

Dans ce vivier ont aussi surgi des talents aigus. Isabelle Bats qui se lance dans des performances spectacles, dont le récent Girl/Fille à confession autobiographique sur l’homosexualité. Mélanie De Biasio, chanteuse qui a envouté par sa voix dans des albums atypiques (No Deal – Blackened Cities – Lilies). Récemment, c’est Pauline Beugnies qui traduit la colère des jeunes Egyptiens en révolte à travers des reportages photographiques et un film « Restez vivants ».

L’avenir culturel à Charleroi est donc ouvert. Reste à espérer que la volonté politique continue à s’impliquer sans s’imposer dans les choix des acteurs de terrain.

L’Ancre, un théâtre royal en résonance
à propos...

Laurence Van Goethem, Estelle Spoto, Olivier Hespel, Noémi Haelterman, Manon Hermine, Julie Feltz, Antoine Laubin, Laurence Bertels, Antoine Pickels, Soraya Amrani , L’Ancre, un théâtre royal en résonance, Bruxelles, Alternatives théâtrales, 2018, 80 p. (20€)

 

  Photo : © Aline Baudet

Références: Bloch :  http://www.ruedutheatre.eu/article/1818/une-societe-de-services/

Mahy : http://www.ruedutheatre.eu/article/818/un-homme-debout/

Mochélan : http://www.ruedutheatre.eu/article/2241/nes-poumon-noir/

Beugnies : http://flux-news.be/2015/12/30/diversite-intemporelle-au-musee-de-la-photographie/