Noël TINAZZI Paris
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Publié le 15 janvier 2019
André Marcon peine à donner vie au « Faiseur de théâtre », pièce datée de Thomas Bernhard.

Était-il nécessaire de ressortir « Le Faiseur de théâtre »  (1984), pièce un peu oubliée de Thomas Bernhard ?  On en doute tant son personnage principal, l’auteur, acteur, metteur en scène de théâtre nommé Bruscon, auto-fiction supposée de Thomas Bernhard, offre peu d’intérêt.

Cabot et tyran, l’homme est le seul vrai personnage de la pièce logorrhéique, les autres ne lui servant que de faire-valoir. Perpétuellement vitupérant, l’«acteur d’État» enlisé dans les voies bourbeuses de la décentralisation se retrouve dans un village du fin fond de la campagne autrichienne. Il s’évertue à monter sa propre pièce sur la scène vermoulue d’un théâtre miteux, contigu d’une porcherie, décoré de tableaux kitsch croulant sous la poussière. Dont un portrait d’Hitler oublié là...

Sans craindre le ridicule, sa pièce se veut dans la lignée des plus grands dramaturges, faisant intervenir les grands hommes de l’histoire, de Jules César à Winston Churchill en passant par Napoléon, Metternich et Marie Curie. Sans craindre non plus de se contredire lui-même, Bruscon soutient successivement tout et son contraire. Mais soudain assailli de doutes, il se demande s’il n’aurait pas mieux fait de consacrer sa vie à vendre de la bière derrière un comptoir, les manches retroussées. Pour le spectateur, la réponse ne fait aucun doute !

Quasi-monologue

Accablant de ses exigences extravagantes le patron de la salle qui est aussi l’hôtelier, l’acteur/auteur martyrise sa petite famille qu’il traîne derrière lui sur scène. Se souciant seulement de ses propres maux, il considère les autres comme quantité négligeable, des « anti-talents ». Traitant d’hypocondriaque hystérique sa femme qui tousse à fendre l’âme, il houspille en permanence ses deux grands enfants qu’il abrutit sous les taloches et les indications de jeu les plus contradictoires.

Entrecoupée d’accès de musiques tonitruantes, la mise en scène de Christophe Perton ne fait pas dans la dentelle, accentuant le grotesque du personnage, réduisant ses comparses à des pantins désarticulés, inconsistants.  André Marcon est à la peine dans ce quasi-monologue qui s’étire sur presque deux heures. Difficile en effet de susciter l’empathie pour son personnage qui reste en tous points détestable. Et même pour la pièce, très marquée par son temps et son lieu.

Le Faiseur de théâtre
Paris Du 14/01/2019 au 09/03/2019 à 20h30 Théâtre Dézajet 41 Boulevard du Temple 75003 Téléphone : 0148875255. Site du théâtre

Tournée

12 Mars à la Maison des Arts du Léman, Thonon-les-Bains
15 Mars au Liberté, Toulon
Du 9 au 13 Avril au Théâtre des Célestins, Lyon

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Le Faiseur de théâtre

de Thomas Bernhard

Théâtre
Mise en scène : Christophe Perton
 
Avec : André Marcon, Barbara Creutz, Jules Pelissier, Agathe L’Huillier, Éric Caruso, Manuela Beltran

Texte français : Édith Darnaud, L’Arche Éditeur
Scénographie : Christophe Perton et Barbara Creutz
Création son : Emmanuel Jessua
Création costumes : Barbara Creutz, assistée de Pauline Wicker

Durée : 1h45 Photo : © Fabien Cavacas