Cécile STROUK Paris
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Publié le 19 décembre 2018
Après le succès de sa création « Non c'est pas ça », le Collectif le Grand Cerf Bleu revient avec « Jusqu’ici tout va bien » sur la scène du Centquatre-Paris. Un dîner de Noël qui part à vau-l’eau. Décevant et attendu.

Certains de nos confrères critiques n’avaient pas tari d’éloges sur la toute première création du Collectif le Grand Cerf Bleu : Non, c'est pas ça. Aussi, nous sommes-nous empressés de les découvrir sur scène lorsque nous entendîmes parler de Jusqu'ici tout va bien, leur deuxième pièce. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls à s’être donné le mot ce soir-là : la salle du Centquatre-Paris était pleine à craquer pour assister à un dîner de Noël qui tourne mal. Jusqu'ici, tout allait bien. Deux heures plus tard, ce n'était plus le cas. De l'excitation, nous sommes passés à la déception.

D’abord, le jeu des acteurs, inégal dans cette pièce chorale : des timbres de voix forcés, d’autres à peine audibles, d’autres qui sonnent à moitié juste. Ensuite, le rythme de l’histoire : deux longues heures qui s’enchaînent à un rythme soit trop effréné, soit trop lent avec des temps de réplique inappropriés. Ensuite, une histoire trop classique et attendue. Celle d’une famille qui finit par s'en envoyer plein la figure le soir où il ne faut pas : Noël. Avec des personnages clichés et des relations interpersonnelles rendues superficielles par le manque de relief dialogique ; un qui vient de se faire larguer après 9 ans mais qui, n’osant pas le dire, se réfugie dans ses compositions électro-dépressives, un autre qui enjolive sa vie professionnelle de peur de décevoir son père et une autre qui "galère". Autour d'eux, des parents qui s’ennuient ensemble ; une copine de passage qui vient d'apprendre qu'elle est enceinte et une grand-mère de 90 ans qui tente de temporiser, malgré ses propres frustrations.

Sans oublier cet homme sorti ex nihilo qui débarque sur scène. "Clodo, romano, alcoolo ?" La seule présence de cet intrus-sauveur libère la parole de chacun.e sur ses peurs/frustrations/colères respectives. Sauf qu’on n’y croit pas. Tombée comme un cheveu sur la soupe, son arrivée provoque une défiance qui se transforme par on ne sait quel procédé en accueil chaleureux. Tellement chaleureux que l'intrus finit nu dans la cuisine à se laver dans le lavabo puis à s’ériger telle une figure christique. Ce qui aurait pu être drôle devient grotesque, pour ne pas dire obscène. Sans justification autre que la gratuité de le faire.

Nous retenons toutefois l'inventivité scénographique de cette pièce qui met successivement en scène deux facettes d'un même moment. Une première partie avec une imposante façade boisée qui délimite un grand salon dans lequel sont échangés banalités et mensonges. Une deuxième partie avec cette même façade qui, retournée, dessine les contours d'une cuisine dans laquelle se déversent secrets et révélations. Visuellement, le salon comme lieu de faux-semblants, et la cuisine comme lieu de déversement en tous genres. Symboliquement, un comportement socialement propre VS un intime endommagé. Psychiquement, un "surmoi" VS un "ça". Habile idée. Dommage.

Jusqu'ici tout va bien
Paris Du 18/12/2018 au 22/12/2018 à 20h00 104 5 rue Curial 75019 Téléphone : 01 53 35 50 00. Site du théâtre  

Jusqu'ici tout va bien

de Conception, écriture et mise en scène Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur & Jean-Baptiste Tur

Théâtre  
Avec : Collectif Le Grand Cerf Bleu Laureline Le Bris-Cep, Gabriel Tur, Jean-Baptiste Tur Avec Serge Avédikian, Coco Felgeirolles, Adrien Guiraud, Laureline Le Bris-Cep, Martine Pascal, Juliette Prier, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur Création lumière et régie générale : Xavier Duthu Création son : Fabien Croguennec et Gabriel Tur Scénographie : Jean-Baptiste Née Regard extérieur : Guillaume Laloux Régisseur plateau : Valentin Paul
Durée : 2h00 Photo : © © Simon Gosselin