Ben oui mais enfin bon
Michel VOITURIER Lille
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Publié le 19 décembre 2018
Inspiré par un canevas de Marivaux, De Vos le transpose dans une grande entreprise actuelle en mettant en compétition amoureuse la haute direction, les cadres et le menu personnel. Percutant !

La pièce est courte. Elle n’a pas le temps de lasser. Et le spectateur de regretter que cela soit si bref. Car le travail des comédiens est sans faille au niveau diction. La mise en scène de Christian Rauck utilise au mieux le lieu créé par Aurélie Thomas car le projet est itinérant : le spectacle est susceptible d’être joué partout même là où n’existe pas une vraie installation scénique permanente. Du coup, le spectateur se voit intégré dans un décor de bureaux entre les tables desquels déambulent les protagonistes. Il s’agit en effet de toucher des publics peu familiers du théâtre.

Adeline, héritière de l’entreprise familiale est la patronne ; elle a tout à dire, régenter, dominer. Elle se dote d’un langage et d’un ton snobinard qui la rend drôle alors qu’elle aurait pu paraître antipathique. Quelques jours avant son mariage, un arrangement financier entre familles nanties, elle tombe raide de désir physique de Jonnhy, le manutentionnaire intérimaire plutôt primaire, à la parole rare et aux phrases courtes.

La cheffe décrète qu’elle aura ce beau jeune musclé dans son lit et dans la hiérarchie de sa boîte. Mais celui-ci est sidéré devant Marine, la petite secrétaire bonne à tout faire. Et, en guise d’arbitre, ce sera Renaud, le directeur des relations humaines au discours d’économiste orthodoxe mais sans réel pouvoir qui tentera de trouver un équilibre entre les membres d’un trio en inévitable conflit. Telle est la trame empruntée à Marivaux et épicée par De Vos.

La patronne, le cadre et le menu fretin

Voilà qui constitue un excellent schéma de farce qui permet des joutes oratoires de manipulatrice, des stratégies madrées de manigance pour aboutir au but espéré, un inévitable duel de dépit amoureux comme dans les meilleures pièces classiques, une escalade de chantages affectifs ou professionnels pour éliminer ou conserver une relation passionnelle.

Derrière ces jeux de suprématie bourgeoise et de résistance prolétaire avec, en guise de tampon une classe moyenne ballotée, il y a une image sociétale intemporelle. Et à l’instar des bouffonneries du moyen âge, une fin burlesque où le perdant est celui qui croyait disposer de la toute-puissance parce qu’il a l’argent et se retrouve gros jean comme devant.

Les quatre jeunes comédiens donnent de leur présence, alternent avec brio gestuelle et oralité sans pour autant verser dans l’insupportable surjeu du boulevard.  C’est drôle, rythmé, plaisant. Et la proximité entre interprètes et public renforce sans nul doute le plaisir ressenti.

Lille Du 13/12/2018 au 16/12/2018 à ma me ve 20h je 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Lille Du 11/01/2019 au 20/01/2019 à ma me ve 20h je sa 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Bouvines Le 30/01/2019 à 20h Espace Jean Noël Chaussée Brunehaut, 59 Téléphone : 03 20 41 31 59 . Site du théâtre Réserver  

Ben oui mais enfin bon

de Rémi De Vos

Théâtre
Mise en scène : Christian Rauck
 
Avec : Claire Catherine, Caroline Fouilhoux, Adrien Rouyard, Étienne Toqué

Scénographie : Aurélie Thomas
Lumières : Rémi Raes
Son : Christophe Delforce
Costumes : Sophie Galamez 
Assistanat à la mise en scène : Margot Madec

Durée : 55' Photo : © Simon Gosselin  

Production Théâtre du Nord

Soutien :DRAC Hauts-de-France, région Hauts-de-France