Michel VOITURIER Lille
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Publié le 12 novembre 2018
Seule en scène, Anne Caillère porte le discours de Rose, jeune enfant à laquelle elle emprunte quelques gestes, attitudes, postures sans vouloir singer le comportement d’une gamine. Elle nous emporte dans un imaginaire qui se débride sans cesse.

Cela commence un peu comme dans certains contes : une enfant qui attend le retour d’un adulte parti travailler. Elle s’occupe donc seule, laissant vagabonder son imagination qui se nourrit d’un peu tout ce qui se passe. Elle tient un journal intime où elle engrange ce qui constitue son quotidien, son besoin de raisonner pour se rassurer.

Rose aime les choses. Elle trouve de la beauté dans ce qui l’entoure. Elle leur prête attention parce qu’il y a à voir, à sentir, à toucher. Parfois aussi à entendre et à goûter. C’est sa naïveté de fillette qui a confiance dans le monde, protégée qu’elle semble être par l’adulte qui vit avec elle. Ni son père, ni son frère, ni un parent apparemment. Une présence rassurante. Nommée Mâchefer.

Assez vite, le spectateur comprend que ce Mâchefer qui devrait bientôt rentrer au logis est un cambrioleur. Quelqu’un de pas trop recommandable mais qui a une relation très proche avec Rose. Il l’a convaincue de ne pas fréquenter l’école. Il lui explique, il lui donne les règles de sécurité à suivre. Il appartient depuis toujours à cet univers-là, pas vraiment clos mais rarement ouvert vers l’extérieur.

Le temps s’écoule. Rose poursuit son besoin de dire. Elle se parle, sans cesse. Mais, mine de rien, c’est aussi à ceux qui sont assis, devant elle, dans une salle où l’éclairage n’a pas été éteint. Elle est un personnage, une fiction jouée par une comédienne qui n’a pas l’âge du rôle. Qui ne cherche pas à imiter l’enfance, à pasticher la voix de l’enfance, se contentant, çà et là, d’une mimique, d’un geste, d’une attitude qui rappelle un peu le temps écolier.

Ce temps, Rose-Ronce le meuble en se cherchant un langage. Elle aime s’emparer d’expressions entendues, chercher des mots neufs. Elle possède un discours personnel. Celui qui permet de vivre et de répondre en partie aux questions que pose la vie. Car la gamine s’est construit un monde bien à elle, cohérent, rassurant même si tout ne s’explique pas vraiment.

Puis vient le jour où Mâchefer et son complice Bruce ne sont toujours pas rentrés. Les provisions s’amenuisent. Alors Ronse part en exploration urbaine. Un nouveau monde, rarement fréquenté, où il faut se débrouiller seule. Un monde où il se passe des choses étonnantes, comme de voir derrière la vitrine d’un magasin, des télévisions en train de diffuser un polar où des acteurs, sosies de Mâchefer et Bruce jouent « Fin de cavale sanglante ». Film qu’elle compte bien raconter à ses compagnons quand ils seront revenus au logis.

L’histoire est simple. Proche de pas mal de faits divers plus ou moins banals. Elle demeure en nous, spectateurs, parce qu’elle s’est exprimée en un langage personnalisé. Elle nous demande si nous sommes capables de distinguer les mensonges de la vérité. Et sur le fil de cette demande, Anne Caillère vient saluer, se faire applaudir et disparaitre en coulisses, nous abandonnant avec Rose-Ronce dont on ne sait ce qu’il adviendra. Si ce n'est que le monde qui l'attend sera bien moins beau que du temps de l'innocence, de la confiance.

 

Ronce-Rose
Lille - Petite salle Du 07/11/2018 au 25/11/2018 à 20h je sa 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Paris - Focus Salle Coupole Du 27/11/2018 au 28/11/2018 à 20h30 Théâtre Ouvert 4 bis cité Véron, 75018 Paris Téléphone : 01 42 55 74 40. Site du théâtre Réserver   Lorient - Studio Du 09/01/2019 au 12/01/2019 à 20h Théâtre de Lorient - CCDB 11 rue Claire Droneau Téléphone : +33 2 97 02 22 70. Site du théâtre Réserver   Saint Brieuc Le 29/01/2019 à 20h30 La Passerelle Réserver  

Ronce-Rose

de Eric Chevillard

Seule-en-scène Théâtre
Mise en scène : Joël Jouanneau
 
Avec : Anne Caillère

Lumières Thomas Cottereau

Durée : 1h15 Photo : © Simon Gosselin  

Coproduction : Eldorado ; Théâtre du Nord ; Théâtre de Lorient

Lire : Eric Chevillard, Ronce-Rose, Paris, Minuit, 2017, 144 p.