Noël TINAZZI Paris
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Publié le 28 septembre 2018
L’Opéra de Toulouse ouvre sa saison avec une nouvelle production de la Traviata, de Verdi, fastueuse. L’équipe musicale rend crédible et poignant ce drame de l’amour vaincu par la maladie et les conventions sociales.

Ouverture de saison fastueuse au Capitole de Toulouse  avec  l’opéra des opéras, La Traviata, de Verdi, où il revient après vingt ans d’absence. Aux limites du kitsch et du mélo, cette nouvelle production éclatante et consensuelle, n’amène pas de grandes questions mais soulève l’émotion et suscite l’empathie grâce surtout à son équipe musicale. Notamment à la soprano qui incarne le rôle-titre avec un grand souci de véracité et un maximum d’engagement.

Négligeant la direction des acteurs-chanteurs trop souvent livrés à eux mêmes, le metteur en scène, Pierre Rambert, chorégraphe et créateur de revues (notamment au Lido de Paris dont il fut directeur), qui aborde pour la première fois l’opéra, est surtout attentif aux effets d’ensemble. Pas d’actualisation forcenée ni de références absconses dans le spectacle. Celui-ci revient aux sources du drame musical créé en 1853 à la Fenice de Venise par un  Verdi au faîte de sa puissance créatrice. Sources qui tiennent au roman puis à la pièce d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias, l’histoire de la jeune courtisane Violetta atteinte, comme beaucoup à la même époque, de phtisie, qui tombe follement amoureuse d’un fils de bonne famille, Alfredo, dont l’honneur se trouve souillé par cette passion réciproque (en italien Traviata signifie littéralement « dévoyée »). S’ensuit un cruel déchirement entre respect des convenances et amour sincère qui se conclut par la mort de la malheureuse doublement victime de la maladie et des conventions sociales.

Le spectacle est placé sous le signe du camélia, fleur blanche géante (et presque inquiétante) qui se déploie sur le rideau de scène pendant l’ouverture et dont le pistil s’ouvre et se ferme comme un obturateur d’appareil photo. Fleur géante qui ne réapparaitra qu’au dénouement tragique emportant Violetta dans la mort. Mais le camélia se montre tout au long du spectacle sous différentes formats et couleurs, sur les costumes des hommes comme des femmes et même sur les chapeaux, et enfin éclaté en pétales parsemés sur la robe de chambre de la mourante au dernier acte. Costumes somptueux conçus par le grand couturier et maitre d’art Franck Sorbier pour lesquels les compétents ateliers du Capitole ont été mobilisés.

Fastueux également les décors d’Antoine Fontaine. Décors atemporels caractérisant le luxe dans les deux premiers actes où se déploie la carrière de la courtisane - étincelants salons parisiens au premier, terrasse et piscine au bord de la Méditerranée au second - le tout en violent contraste avec le plus grand dénuement qui règne dans le dernier où rôdent la misère et la mort. Fort judicieusement, la maladie dont souffre La Traviata n’est plus la phtisie mais la véritable plaie de notre temps, à savoir le cancer dont témoigne le crâne rasé de la malade à peine sortie d’une énième chimiothérapie aussi ravageuse que vaine. Reste une inconnue qui tient à un objet fétiche (« objet transitionnel », disent les psychanalystes), une grande poupée manipulée de temps à autre par l’héroïne. Résidu d’enfance ou symbole de manipulation ??? Mystère... 

En insufflant une énergie qui va crescendo tout au long du spectacle, le chef George Petrou dirige les formidables Chœur et Orchestre du Capitole de Toulouse d’une baguette sensible. La distribution vocale est appelée à alterner dans les principaux rôles. Celle que nous avons vue (et entendue) au soir de la première est de très bonne tenue musicale. Artiste complète de classe internationale, la soprano d’origine roumaine Anita Hartig, qui possède bien le rôle de Violetta pour l’avoir déjà interprété au Met de New York, montre un sens dramatique à la hauteur de ses performances vocales en incarnant une héroïne absolument déchirante. On ne peut pas en dire autant du ténor espagnol Airam Hernandez qui campe Alfredo, chanteur honnête mais piètre comédien. Même défaut chez le baryton italien Nicola Alaimo qui joue le père d’Alfredo, un cran au-dessus sur le plan vocal.

La Traviata
Toulouse Du 26/09/2018 au 07/10/2018 à 20h Théâtre du Capitole 1, Place du Capitole Téléphone : 05 61 63 13 13. Site du théâtre

Les dimanche à 15h

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La Traviata

de Giuseppe Verdi

Opéra
Mise en scène : Pierre Rambert
 
Avec : Anita Hartig / Polina Pastirchak, Airam Hernández / Kévin Amiel, Nicola Alaimo / André Heyboer, Catherine Trottmann, Anna Steiger, Francis Dudziak, François Piolino, Marc Scoffoni, Ugo Rabec

Direction musicale : George Petrou
Décors : Antoine Fontaine
Costumes : Frank Sorbier
Lumières : Hervé Gary
Collaboration artistique : Laurence Fanon

Durée : 2h40 Photo : © Mirco Magliocca