Cécile STROUK Paris
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Publié le 18 janvier 2018
L’une des salles du Nouveau Théâtre de Montreuil accueille une création « jeune » qui questionne avec force bruit le genre théâtral. Analyse d’une proposition animée qui laisse néanmoins dubitatif.

Trois « mecs » par excellence, âgés de la vingtaine passée. Avec leur création « Buzz », le collectif Ramdam déploie une décharge de testostérone digne d’un adolescent en pleine découverte de son corps. Par où commencer pour raconter cette proposition alternativo-digitale ? Le spectacle se présente sous la forme d’une conférence connectée qui questionne la dimension poussiéreuse du théâtre mais aussi son identité, sa portée, son intérêt, ses redondances et sa contemporanéité. Dans ce dispositif, les trois comédiens se positionnent comme des « consultants » déterminés à agiter le monde de la culture.

Pour ce faire, ils adoptent une attitude hyper décontractée et résolument interactive. Pas de quatrième mur ici. Ils signifient, de toutes les manières possibles, notre présence en tant que public : ils nous parlent, nous interpellent, nous déroutent, nous font danser, nous font sourire. Ils viennent même nous « déranger ». Selon eux, le théâtre doit être/devenir un lieu d’échange. Et quel est le meilleur moyen « d’échanger » aujourd’hui ? Les réseaux sociaux ! Ils utilisent ainsi sur scène tout un arsenal technologique pour communiquer avec nous : téléphone portable, caméra, perche à selfies, vidéos, etc.

Habités par une solide confiance en eux, ils occupent l’espace avec force. Déclamant, criant, dansant, s’agitant, se coupant (presque) la parole… dans une ambiance vaguement compétitive et surtout, très mâle. Outre se montrer torse-nus voire (quasi) nus, ils se comportent comme de véritables « garçons » : aventureux, audacieux, roulant des mécaniques, faisant du bruit pour se faire remarquer. Malgré la qualité et l’inventivité de leur création, cette exhibition du masculin finit par lasser. Sans compter que l’ensemble des exemples évoqués pour illustrer les phénomènes de « buzz » à travers l’histoire sont exclusivement masculins, comme si c’était l’homme qui était au coeur de tous les changements. La femme est absente. Sans doute n’est-ce pas conscient mais le résultat est là : cette satire a des airs de révolte adolescente.

Quant à la critique en elle-même qui est faite du théâtre, nous ne saurions répondre qu’une seule chose : le théâtre reste ce dispositif mystérieux où les acteurs jouent d’un côté et les spectateurs écoutent de l’autre. Salutaire et significative, cette « séparation » incarne un genre à part entière, où l’interaction a du sens dans ce contrat tacite, justement. Le théâtre relève d’un intime précieux et non d’un collectif tout puissant où l’on est autorisé à commenter, partager et relayer à tout bout de champ. Dans ce cas, c’est autre chose. Du show, peut-être. Oui, sans doute.

Loin du théâtre donc, Buzz propose un three man-show interactif. Avec ses qualités – rythme, vivacité, rire – et ses défauts – excès, tapage, éphémère. 

Buzz
Montreuil Du 16/01/2018 au 24/01/2018 à Tous les sois à 20h Nouveau Théâtre de Montreuil Salle Jean-Pierre Vernant, 10 place Jean-Jaurès Salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo Téléphone : 01 48 70 48 90. Site du théâtre  

Buzz

de Collectif Ramdam

Théâtre
Mise en scène : Cédric Coomans, Jérôme Degée, Julie Remacie, Jean-Baptiste Szezot
 
Avec : Cédric Coomans, Jérôme Degée, Jean-Baptiste Szezot

Production et assistanat général : Julie Remacie

Régie générale : Isabelle Derr, Nicolas Marty

Durée : 1h15 Photo : © DR