Noël TINAZZI Paris
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Publié le 22 décembre 2017
Fin d’année en apothéose à l‘Opéra Comique avec une éclatante production du « Comte Ory », vibrionnant opéra de Rossini mis en scène par Denis Podalydès. Avec une troupe très tonique de chanteurs-comédiens de haut vol.

Drôle et polisson mais jamais vulgaire; chanté aussi bien que joué;  débordant d’énergie et de trouvailles scéniques… Les amateurs ne tarissent pas d’éloges pour ce «Comte Ory ». Retour en grâce qui n’est que justice pour cet opéra en deux actes et en langue française de Rossini qui connut un immense succès à sa création et tomba ensuite dans l’oubli. Très abouti, le spectacle proposé par l’Opéra Comique pour les fêtes convoque une pléiade de talents : Denis Podalydès pour une mise en scène très fouillée,  Eric Ruf pour une scénographie habile, Christian Lacroix pour les costumes élaborés, et le chef Louis Langrée à la tête d’une phalange de chanteurs et de musiciens de premier plan.

Si « Le Comte Ory » n’est pas à proprement parler un opéra comique (il n’a pas de dialogues parlés), il n’est pas moins hilarant. Créé en 1828, cet avant-dernier opus du musicien italien au faîte de sa gloire, installé à Paris depuis 1824, est un grand opéra entièrement chanté (donc sans récitatifs) mais sans aucune prétention ni boursuflure. Il fournit l’occasion d’un double recyclage pour ses créateurs : le compositeur très prolifique y reprend des thèmes musicaux  de son précédent opéra-bouffe en un acte « Le Voyage à Reims », et le librettiste Eugène Scribe y développe son vaudeville « La Fable du Comte Ory », elle-même tirée d’une ballade gaillarde du XVIIIème siècle.

Sans grande consistance, le livret, pur prétexte aux trilles virtuoses du bel canto, situe l’action à l’époque des croisades dans un improbable château où se languit une belle veuve, portant le titre générique de Comtesse. Celle-ci est guignée par un seigneur libertin, le Comte Ory, qui rôde dans les parages et qui, avec la complicité de son mentor, Raimbaud, et au grand scandale de son Gouverneur, n’a de cesse de subvertir la résistance de la belle. Laquelle en pince plutôt pour Isolier, le jeune page du Comte (rôle travesti tenu par une mezzo). Tout à ses stratagèmes galants, le Comte passe les deux actes de l’opéra toujours déguisé : au premier, en ermite, au second, en religieuse, entouré de toute sa troupe de joyeux drilles travestis en pèlerines.

Accuentuant le côté drolatique de l’intrigue, Denis Podalydès a balayé le contexte de carton-pâte style troubadour romantique et replacé l’œuvre à l’époque de sa création, c’est-à-dire sous la Restauration. C’est aussi le temps de la conquête de l’Algérie qui correspond aux croisades du livret et dont témoignent des reproductions de tableaux pompiers projetés en lever de rideau. L'époque également du retour des valeurs conservatrices et du puritanisme après le débridage de la Révolution.

Dans la lignée du courant libertaire et gaulois qui voit dans la répression par l’Eglise des plaisirs de la chair un aiguillon à l’excitation et au plaisir érotique, le metteur en scène place le spectacle dans un environnement d’église sulpicienne. Le prétendu château du premier acte est ainsi formé d’un amoncellement de mobilier ecclésiastique, confessionnal, armoires de sacristies, prie-Dieu, chaire à prêcher en forme de donjon… Bref tout un saint-frusquin qui sent l’encens habilement agencé par Eric Ruf en castelet.

Entrain communicatif

Mais le plus grand mérite de la mise en scène tient à ce qu’elle met en phase le jeu des chanteurs-comédiens et le tempo musical de la partition vibrionnante de Rossini. Si bien que le spectacle est vite gagné par un entrain communicatif, dû aussi à la direction très énergique du chef Louis Langrée qui, à la tête de son Orchestre des Champs-Elysées, électrise le flot musical, enlevant avec brio morceaux choraux savamment agencés, chansons à boire, et grands airs de solistes. 

Dans le rôle de la Comtesse, la soprano Julie Fuchs affirme une position de prima donna incontestée maîtrisant les aigus vertigineux avec une énergie et un abattage qui lui valent les ovations du public. Consécration également pour Philippe Talbot, ténor à la voix rayonnante, qui joue un Comte Ory désopilant. Mais toute l’équipe qui entoure le couple vedette n’est pas en reste : la mezzo Gaëlle Arquez en piquante Isolier, le baryton Jean-Sébastien Bou, très en verve dans le rôle paillard de Raimbaud, la basse Patrick Bolleire en Gouverneur impressionnant… Et tant d’autres qui font de cette production de fin d’année la meilleure de la saison. 

Le Comte Ory
Paris Du 19/12/2017 au 31/12/2017 à 20h Opéra Comique Place Boieldieu 75002 Paris Téléphone : 08 25 01 01 23. Site du théâtre

Repris à l’Opéra de Versailles les 12 et 14 janvier 2018, http://www.chateauversailles-spectacles.fr

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Le Comte Ory

de Gioachino Rossini

Opéra
Mise en scène : Denis Podalydès
 
Avec : Philippe Talbot, Julie Fuchs, Gaëlle Arquez, Ève-Maud Hubeaux, Patrick Bolleire, Jean-Sébastien Bou, Jodie Devos, Sarah Breton, Cyrille Gautreau, Jean-Baptiste Henriat, Sarah Jouffroy, Ryan Veillet, Marc Manodritta, Guillaume Zabe, Laurent Podalydès, Léo Reynaud

Direction musicale : Louis Langrée
Décors : Éric Ruf
Costumes : Christian Lacroix
Lumières : Stéphanie Daniel
Collaboration aux mouvements : Cécile Bon

Durée : 2h45 Photo : © Vincent Pontet