Publié le 15 décembre 2017
Le Théâtre national de Chaillot/ Théâtre national de la danse réalise en périphérie plateau des événements culturels spécifiques sous l’appellation « l’art d’être spectateur ». En décembre, l’une de ces animations permettait à des danseurs amateurs de suivre un cours de danse donné par le chorégraphe Angelin Preljocaj ou son maître de ballet (en l’occurrence son premier danseur). La grande classe !

L’arrivée dans le foyer de Chaillot est toujours grandiose. Le marbre, les statues, les colonnes, le stuc, le décorum suranné des années 30 ponctué par cette vue époustouflante sur la Tour Eiffel. Pour l’occasion, tables et chaises ont été poussées et l’espace central, maintenant vide, accueille une estrade carrée afin que le maître de ballet domine la situation.

A ses pieds, une petite centaine d’amateurs, curieux et visiblement disciplinés, sont prêts à exécuter les mouvements enseignés. Des femmes, des hommes (peu comparativement), des jeunes, des aguerris, des novices (peu comparativement mais jamais masculins) réunis par une même envie, celle de danser sous la houlette d’un chorégraphe de renom. Celui-ci n’est pourtant pas présent laissant le soin à son premier danseur, Fran Sanchez, de nous mener à la baguette.

La foule, le lieu et la qualité du professeur impressionnent. Serons-nous à la hauteur ? Puis les corps trouvent leur place, les esprits se concentrent, les regards se fixent, le maître de ballet commence. Son accent espagnol dirigera aussi le geste. L’échauffement est basique : pliés, battements, première, seconde, quatrième ; rien d’impossible, rien d’inconnu. Réchauffés et tranquillisés par la répétition de gestes simples nous sommes, ici et maintenant, prêts pour la suite.

Il s’agira de reprendre une partie de la variation dite du combat de la nouvelle création de Preljocaj «  La Fresque » sur la musique et le tempo du spectacle. Nous exultons. Patiemment, Fran Sanchez découpe, répète et réajuste le mouvement, précise l’intention voulue pour ce pas, la direction du regard et le souffle à apporter à l’ensemble. Consciencieusement, le groupe copie l’élan, imprègne l’espace, construit la dynamique et porte la variation. Un geste suivi de 4 temps d’immobilité avant de poursuivre ; un geste suivi de 2 temps d’immobilité avant de reprendre. Le rythme s’accélère.

Et face à la Tour Eiffel impassible, une centaine de danseurs pourtant rassemblés ici par des velléités personnelles, des rêves inassouvis, de la pure curiosité, des amis qui vous y entraînent, le goût de se confronter aux autres et à soi-même, virevoltent maintenant en communion. Quelle force a le groupe quand les individus qui le constituent apportent intentionnellement le même accent, le même regard et la même obstination à achever le mouvement ! Et quelle énergie avons-nous constituée dans ce foyer art déco des années 30 !

La chorégraphie s’enchaine maintenant avec fluidité et le professeur estimant notre aisance suffisante ne nous guide plus ; nous dansons seuls. Les uns et les autres nous affinons toujours un peu plus nos pas, peaufinons les détails pour permettre au groupe de gagner en précision et en cohérence. Ensemble nous sommes le mouvement, nous prolongeons « La Fresque ».

Deux heures viennent déjà de s’écouler. Fran Sanchez nous remercie alors et comme le veut la tradition, nous applaudissons le professeur pour la qualité de son enseignement, les autres danseurs pour leur investissement et nous-mêmes pour avoir le courage de recommencer l’expérience.

Et dans cette minute qui suit la fin du cours ou encore transpirante et liée au groupe par un lien fugace, je pense à Pina Bausch qui disait « Dansez, sinon nous sommes perdus ». La grande classe !

La grande classe - La Fresque

La grande classe - La Fresque

de Angelin Preljocaj

Cours de danse Danse
Mise en scène : Fran Sanchez
 
Avec : Mirea Delogu, Clara Freschel, Nuriya Nagimova, Anna Tatarova, Yurié Tsugawa, Marius Delcourt, Antoine Dubois, Víctor Mártinez Cáliz, Fran Sanchez, Jean-Charles Jousni / Leonardo Cremaschi

Musique : Nicolas Godin

Costumes : Azzedine Alaïa

Décors, vidéos : Constance Guisset Studio

Lumières : Eric Soyer

Choréologue : Dany Lévêque

Durée : 2 h Photo : © DR

Comparer : l'avis de Noël Tinazzi : http://www.ruedutheatre.eu/article/3768/la-fresque/?symfony=8f7d5102a436cd68f79d2344ea8682c7