Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 9 décembre 2017
Le brillantissime opéra-bouffe de Rossini, « Le Barbier de Séville », est mis en scène par Laurent Pelly, qui célèbre la suprématie de la musique. Plusieurs distributions et plusieurs types de publics se partagent les représentations.

Deux distributions, l’une avec des chanteurs confirmés pour le public traditionnel, l’autre avec des jeunes pousses de l’opéra pour les amateurs de la nouvelle génération. Et une version « allégée » pour les scolaires… Le  filon de l’opéra de Rossini le plus populaire, sans conteste aussi le plus brillant, est exploité à fond par cette coproduction qui, outre le Théâtre des Champs Elysées, implique les opéras de Bordeaux, Marseille et Luxembourg ou elle tournera après son lancement à Paris.  

Deux grandes pointures du lyrique sont convoquées pour sa mise en œuvre. Le jeune chef Jérémie Rhorer, un habitué des Champs Elysées, plutôt spécialiste de Mozart, et qui à la tête de son ensemble, Le Cercle de l’harmonie sur instruments anciens, aborde pour la première fois le bel canto rossinien. Et le metteur en scène Laurent Pelly, dont les facéties poético-drolatiques, notamment sur l’oeuvre d’Offenbach, ont fait le bonheur des amateurs d’opéra et qui, lui, officie pour la première fois au Théâtre des Champs Elysées.

Crée en 1816 par un Rossini à son zénith, l’opéra-bouffe en deux actes, inspiré de Beaumarchais et empruntant beaucoup à la commedia de l’Arte, célèbre la verve plébéienne de son héros, le Barbier Figaro, jamais à court de ressources. Et l’émancipation féminine à travers le personnage de Rosine, jeune orpheline séquestrée par son vieux barbon de tuteur, le Docteur Bartolo, qui veut l’épouser. Mais la jeune délurée tombera finalement sous le charme dur Conte Almaviva qui, sous couvert de plusieurs déguisements successifs, réussit à l’approcher et à « emporter le morceau ».

Quiproquos, altercations, péripéties, imbroglios, travestissements, retournements de situations…  l’intrigue n’est que prétexte à virtuosité musicale et au déploiement du bel canto sous forme d’airs de solistes pleins de vocalises acrobatiques, et  d’ensembles impliquant les chœurs exclusivement masculins. La musique y est souveraine et Laurent Pelly, qui signe aussi la scénographie et les costumes, souligne cette suprématie par un dispositif scénique un peu cérébral : pour tout décor d’immenses pages de partition vierges tombent des cintres sur lesquels, ou entre lesquelles, les personnages évoluent. Cela n’apparaît pas clairement de prime abord mais  les chanteurs tout de noir vêtus sont censés figurer les notes de musique s’inscrivant sur la partition entre les lignes noires au fur et à mesure de leur chant.

Très graphique, ce dispositif est contraignant pour les solistes et ralentit la progression de l’opéra en réfrénant leurs ardeurs. Et la chorégraphie imprimée aussi bien aux chanteurs qu’au Chœur Unikanti, quoique toujours en phase avec la musique, apparaît un peu primaire, avec ses jeux de jambes et ses déhanchements de base. Mais les chanteurs ont l’âge et le physique de leur rôle et cela contribue beaucoup à la drôlerie et à la vivacité de la mécanique théâtrale orchestrée par Rossini. Mécanique que le chef, toujours attentif à l’équilibre entre l’orchestre et les voix, respecte scrupuleusement, avec ses accélérations-décélérations très étudiées.

Formant une équipe homogène et manifestement bien entraînée, la distribution que nous avons vue et entendue est composée de chanteurs confirmés et néanmoins toujours aussi enthousiastes, personne ne cherchant à tirer la couverture à soi. Dans le rôle-titre, le baryton Florian Sempey campe un barbier vibrionnant aux allures de voyou tatoué; en Almaviva, Michele Angelini est un ténor vaillant au charme irradiant ; quant à la mezzo Catherine Trottmann, elle incarne une Rosine sensuelle et mutine.

Pour le public scolaire,  une version « allégée » de l’opéra sera présentée en janvier sous le titre générique « Un Barbier ». Le metteur en scène Damien Robert y mettra l’accent sur le côté comique de l’œuvre en convoquant une imagerie pop moderne : la scène est conçue comme une boîte à jouets et les spectateurs sont appelés à devenir complices de l’intrigue. A eux de jouer/chanter.

Le Barbier de Séville
Paris Du 05/12/2017 au 14/12/2017 à 19h30 Théatre des Champs-Elysées 15 avenue Montaigne, 75008 Paris Téléphone : 01 49 52 50 50. Site du théâtre

Du 6 au 15 février 2018 à l'Opéra de Marseille

Les 28 février, 2 et 4 mars à l'Opéra de Luxembourg

Réserver  

Le Barbier de Séville

de Gioachino Rossini

Opéra
Mise en scène : Laurent Pelly
 
Avec : Michele Angelini, Florian Sempey, Catherine Trottmann, Peter Kálmán, Robert Gleadow, Annunziata Vestri, Guillaume Andrieux

Direction musicale : Jérémie Rhorer

Scénographie, costumes : Laurent Pelly

Lumières : Joël Adam

Durée : 3H Photo : © Vincent Pontet