Retour à Reims, sur fond rouge
Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 11 décembre 2017
Eribon a décrit son malaise d’enfant prolétaire devenu universitaire face à sa famille d’origine qu’il avait, en quelque sorte, niée et reniée durant des années. Le théâtre s’est emparé de ce récit et essai pour l’inviter sur les planches.

Le malaise engendré par un changement radical de culture chez un gamin prolo passé au stade universitaire et à celui de personnage médiatisé et écouté, a été décrit par plusieurs écrivains. On se souvient en Belgique de Jean Louvet et de sa pièce « Conversation en Wallonie ». L’œuvre n’est pas destinée au théâtre. Stéphane Arcas a tenté de l’y acclimater.

L’écrit offre un fort intérêt sociologique. Il narre le vécu du rejet de la classe sociale originelle, le prolétariat, pour s’être imprégné d’une culture hautement intellectuelle. En expliquant la genèse de ce dégoût, il aboutit à l’analyse logique de l’apparente contradiction qui a amené toute une frange de la population, réputée soutien de la gauche communiste, à voter ces dernières années pour l’extrémisme nationaliste raciste du Front national.

Longtemps après sa rupture familiale, Eribon, une fois son père décédé, revient vers les lieux et le milieu de son enfance. Il découvre comment et pourquoi la séparation s’est produite, comment et pourquoi il n’a pas cherché plus tôt à renouer avec les siens. Il témoigne également de son homosexualité, facteur qui s’est ajouté à son acculturation. Afin de faire bonne mesure, Arcas y a glissé des propos tenus par Levi-Strauss.

Prenant une optique très différente de celles choisies naguère par Hatat ou par Ostermeier, l’adaptation d’Arcas découpe le texte en monologues dits par des comédiens différents pour que le va-et-vient entre les anecdotes du récit et les réflexions du philosophe passe la rampe. Malgré la présence d’un ventriloque et de son expressive marionnette, l’impression générale  demeure d’assister à une sorte de seul en scène en épisodes successifs, presque d’être en présence d’une conférence gesticulée malgré le talent des comédiens.

L’imposant décor construit pour la circonstance relève davantage d’une installation plasticienne que d’un ensemble destiné à mettre en valeur un texte et des acteurs. Il suscite certes une ambiance mais sans véritable lien avec le discours, plutôt une sorte de fantastique empreint de mélancolie que souligne  la musique jouée en direct, comme si le metteur en scène avait cherché à se faire plaisir au lieu de se mettre au service du texte dont on se souviendra comme d’une approche sensible et forte du déterminisme social.

 

Tournai - Salle Lucas - Belgique Du 05/11/2017 au 06/11/2017 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver  

Retour à Reims, sur fond rouge

de Didier Eribon

Théâtre
Mise en scène : Stéphane Arcas
 
Avec : Marie Bos, Julien Jaillot, Nicolas Luçon, Thierry Raynaud, Fyl Sangdor, Claude Schmitz

Adaptation : Stéphane Arcas
Musique en direct : Michel Cloup, Julien Rufié
Scénographie, costumes : Stéphane Arcas, Claude Panier, Anaïs Terwagne
Stagiaires scénographie : Pauline Costes, Lucas Arcas
Création lumières : Margareta Andersen
Création maquillage :  Rebecca Flores
Coach marionnette : Agnès Limbos
Décoiffage : Fyl Sangdor
Assistanat à la mise en scène : Cécile Chèvre
Vidéo
(captation) : Mathieu Haessler, Sonia Rigoot
Développement, production, diffusion : Habemus Papam Cora-Line Lefèvre et Julien Sigard

Durée : 2h Photo : © Estelle Rullier  

Création :  Black Flag
Production
:  Coop asbl
Coproduction : Théâtre Varia/Bruxelles,  Maison de la Culture (Tournai)
Aide :  Fédération Wallonie-Bruxelles, Service général de la Création artistique, Direction du Théâtre                                      Soutien :  Tax  Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique

Lire: Didier Eribon, La honte du mlieu d'où on vient, in Philosophie Magazine, mai 2017

        ( http://didiereribon.blogspot.be/2017/10/la-honte-du-milieu-dou-lon-vient-ne.html )

        Didier Eribon, Retour à Reims, Paris, Fayard, 2009

        Jean Louvet, Théâtre 2 (L'aménagement - Conversation en Wallonie - L'homme qui avait le soleil dans sa poche- La farce du sous-marin - Un Faust) , Bruxelles, Luc Pire/Archives & Musée de la Littérature, 2008