Cécile STROUK Paris
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Publié le 23 novembre 2017
La Maison des Métallos est décidément une aubaine pour les femmes. Dans le cadre du focus « Femmes ! », elle offre une nouvelle pièce sur la force du féminin, cette fois sur l’importance de la parole… familiale.

Deux raisons majeures sont à l’origine de notre curiosité à l’égard des « Monstrueuses ». Le titre, qui évoque un pluriel chargé d’une forte portée symbolique ; et le point d’exclamation du cycle dans lequel s’inscrit cette pièce - focus « Femmes ! » - qui révèle la nécessaire assertivité du féminin. Sur scène, Leïla Anis, également auteure de la création. Alors que son personnage Ella vient d’apprendre, à 30 ans, qu’elle est enceinte, elle perd subitement connaissance.

Victime d’une résurgence traumatique inattendue, elle débute alors un long voyage dans les méandres de son inconscient familial, surveillée de loin par un psychiatre empathique à blouse blanche et lunettes. Elle se met d’abord dans la peau de son arrière-grand-mère, replongeant dans les années 1920. En modulant simplement les inflexions de sa voix, elle incarne une femme chétive qui raconte l’histoire de sa fille qui lui a été arrachée sur le quai d’un train par un mari furieux d’avoir été quitté. Ella évoque plus tard le souvenir de sa grand-mère paternelle, originaire du Yémen, mariée de force à 12 ans et qui, quelques années plus tard, vilipende un fils dont elle regrette l’existence.

À un autre moment, Ella s’adresse à sa propre mère, Joséphine, pour lui dire son aversion à la prendre dans ses bras. Cette mère qui, affable mais maladroite, se voit révéler par sa fille la vérité refoulée de son enfance : elle succède à une première Joséphine morte-née en 1944. Le même prénom pour deux êtres différents. Un fardeau qu'Ella lève en la rebaptisant « Joséphine-Ève », en hommage à la vie. Dans cette galerie de personnages féminins, Ella est la seule qui réussira à conjurer le sort qui s’est abattu sur ces femmes depuis tant de générations. Sans doute aussi parce qu’elle vit à une époque (2008) où le féminin s'autorise enfin à s’affranchir de l’absurde hégémonie du masculin.

Dans une scénographie où le clair-obscur domine par touches éphémères, la comédienne déploie une force admirable pour faire exister ces femmes. Comme si elle portait en elle le courage qu’il leur a fallu pour supporter des souffrances inhérentes à la condition féminine de l’époque : avortement clandestin, viol, coercition. Leïla Anis dénonce en filigrane le « monstre du silence », cette bouche cousue que l’on s’impose par culpabilité et que l’on nomme la censure. Et révèle par là même la nécessité de dire pour affronter, comprendre, se libérer des angoisses transgénérationnelles. Et, surtout, accepter de donner la vie. 

Les Monstrueuses
Paris Du 21/11/2017 au 02/12/2017 Maison des Métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011Paris Métro Saint-Maur/ Parmentier Téléphone : 01 47 00 25 20. Site du théâtre  

Les Monstrueuses

de Leïla Anis

Théâtre
Mise en scène : Karim Hammiche
 
Avec : Leïla Anis

Création musicale : Clément Bernardeau

Créatrice lumière : Véronique Guidevaux

Régie son : Pierre-Emmanuel Jommard

 

 

Durée : 1h10 Photo : © Xavier Cantat  

Production : Compagnie Oeil Brun

Coproduction : Théâtre de Cachan, Grange Dimière-Théâtre de Fresnes, L'atelier à spectacle de l'Agglo du pays de Dreux, Ville de Dreux, Conseil départemental d'Eure-et-Loire, Région Centre-Val-de-Loire, Drac Centre-Val-de-Loire

Soutien : Maison des métallo