Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 23 novembre 2017
Parfaite mise en abymes que cette réalisation qui s’efforce de montrer comment la réalité qu’on nous montre est plus proche des images que nous regardons que de la réalité elle-même. La question de l’identité des individus, celle de l’authenticité de l’art sont posées dans leur complexité.

La première réalité que perçoit le spectateur est une scénographie lumineusement réaliste. Le plateau est occupé par des meubles d’intérieur côté jardin ; un écran géant mobile, un fond vert tel qu’on l’utilise au cinéma ou à la télé pour des effets spéciaux et une porte donnant sur un lieu invisible près d’un rideau dissimulant on ne sait trop quoi au centre ; un dispositif de sécurité comme il en existe sur tous les aéroports côté cour. 

Tout est, dès lors, en place pour une représentation semblant avoir déjà commencé avant l’arrivée du public puisque des contrôles douaniers sont en cours quand il pénètre dans la salle. La suite profitera de la mobilité du décor, de sa faculté de susciter divers lieux par projection sur écran monumental, d’apparaître en fonction des éclairages, du suggérer des endroits par quelques détails mis en valeur comme pour l’évocation d’un local de massage grâce à des éléments partiels révélés par une porte ouverte.

Ce dispositif aux possibilités multiples est complété par une autre évidence de la tension antagoniste existant entre le réel et sa représentation puisque certaines séquences ont lieu dans un studio où se filme une séance de casting en vue d’un tournage ultérieur. C’est bien le propre de toute mise en abyme que de provoquer une sorte de vertige intellectuel.

Dans le domaine des personnages, il en va de même. La distribution comporte cinq comédiens qui interprètent ou incarnent (selon la perception qu’on en a) une quarantaine de personnages. L’un de ces acteurs joue le rôle d’un acteur qui ressemble tellement à une star hollywoodienne décédée en 2014 qu’on les confond tous les deux. Là commence cette autre tension propre à chaque individu.

Nous sommes la personne enregistrée sous un nom précis. Nous sommes aussi celle que nous sommes en fonction de notre caractère, notre héritage génétique. Mais, devant autrui, il nous arrive de donner le change en nous adaptant à des codes relationnels qui ne nous correspondent pas. Nos attitudes, nos propos peuvent très bien devenir de purs mensonges s’il s’agit de paraître, de parader, de séduire, de convaincre, de manipuler.  

La pièce pose donc la question de savoir qui est-on véritablement. Elle le fait longuement, à travers un flot quasi permanent de paroles parfois lassantes car, étant essentielles aux intentions de la pièce, elles prennent le pas sur une intrigue qui n’est forcément pas très palpitante. Et ce n’est pas le surgissement spectaculaire et imprévisible d’un nouveau décor vers la fin qui relancera durablement l’attention d’autant que le jeu de la troupe, voulu proche du quotidien, est porté par des voix qui ne passent pas toujours la rampe.

Tournai - Next - Belgique Du 18/11/2017 au 19/11/2017 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver   Bruxelles - Belgique Du 07/12/2017 au 21/12/2017 à ma je ve sa 20h30 me 19h30 Varia 78, rue du Sceptre, 1050 Bruxelles Téléphone : 02/6408258. Site du théâtre Réserver  

Philip Seymour Hoffman, par exemple

de Rafael Spregelburd

Théâtre
Mise en scène : Transquinquennal
 
Avec : Bernard Breuse, Miguel Decleire, Manon Joannotéguy, Stéphane Olivier, Mélanie Zucconi

Traduction française: Daniel Loayza
Régie générale: Fred Op de Beeck
Scénographie, costumes: Marie Szersnovicz
Création lumière: Giacomo Gorini
Création son: Jean-François Lejeune, Raymond Delepierre
Conseiller vidéo: Arié Van Egmond
Constructions: Fred Op de Beeck, Pierre Ottinger, De Muur
Management: Brigitte Neervoort
Assistanat mise en scène: Judith Ribardière
Traduction surtitres: Saskia Hostens, Livia Cahn
Illustrations: Stéphane De Groef
Actrice enregistrement sonore: Sophia Leboutte
Actrice film japonais: Haini Wang
Stagiaires: Pierre Ottinger, Coline Fouquet, Lucille Streicher, Antonin Jenny

Durée : 2h30  

Production: Transquinquennal
Coproduction: Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Varia, Théâtre de Namur, Théâtre de Liège, Mars (Mons arts de la scène) 
Collaborations : Centre des Arts Scéniques, Jardin japonais d’Hasselt
Soutiens: Ambassade d’Argentine, Ministère de la Culture d’Argentine
Remerciements :  Maxime Bodson, Louise De Brabantere, Joachim Hermann, Marie Messien, Didier Rodot, Luz Rodríguez Carranza, Laurent Talbot, Christophe Urbain