Comme le nez au milieu de la figure
Michel VOITURIER envoyé spécial à Huy
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Publié le 22 août 2017
Lorsqu’elles sont alertes et parodiques, les transpositions de contes de fées font toujours recette. Et apportent souvent des réflexions qui ne sont pas celles des histoires originelles.

Pour lancer le conte, quelques ingrédients coutumiers : un roi, une reine, un royaume, une princesse, un crapaud et une sorcière. Bien assez pour aboutir à une fable recelant quelque moralité à respecter pour la tranquillité de la société.

La reine qui n'arrive pas à accoucher d’une fille en a acheté une à un crapaud mais elle ne lui plaît pas car son nez n’est pas celui de la famille. Elle le charge de la débarrasser de cette encombrante bambine et de lui en ramener une autre. Ne voilà-t-il pas ici une allusion aux mères porteuses ou à l’adoption plus ou moins facile de bébés autochtones ou exotiques ? Vous voyez aussi vers quoi nous allons : l’abandon d’enfants non désirés et le commerce de luxe de certaines institutions dispersées à travers le monde.

La suite se corse. La princesse initiale n’est pas morte comme prévu dans la forêt, car le crapaud a le cœur tendre puisqu’en réalité c’est un prince. Elle, elle désire se venger de sa royale génitrice. Et grâce au batracien, elle est mise en rapport avec une sorcière. Laquelle lui donne la recette d'une potion maléfique qui rendra aveugle la reine, sachant qu’elle retrouvera la vue uniquement lorsqu’elle verra clair dans son comportement matricide. Nous affleurons alors le problème des enfants mal aimés qui espèrent obstinément retrouver leurs géniteurs.

Et ainsi de suite, selon l’évolution du conte. Florent Barat s’en est donné à joie que veux-tu, soulignant à gros traits le côté parodique de son scénario. Il a pimenté le comique de situation en insérant des scènes où les comédiennes se disputent pour obtenir un rôle ou le refuser, pour modifier l’histoire ou la conserver. Sophie Arnulf et Amélie Lemonnier, duo exceptionnel, jouent avec un dynamisme époustouflant tous les protagonistes, changeant de voix, transformant leur allure, se donnant à fond dans un texte qui ne craint pas le farfelu.

Les stéréotypes des contes si ancrés dans l’esprit de bien des citoyens ordinaires volent en éclats de rire. Ainsi la scène du portrait du roi en chasseur vaut son pesant d'humour, tout en attirant l’attention sur le machisme de pas mal de maris et de pères. Autre aspect qui susciterait volontiers discussion.

Huy - Rencontres du Théâtre Jeune Public - Belgique Le 19/08/2017 à 10h 14h Centre culturel de l'Arrondissement de Huy Avenue Delchambre 7A Téléphone : 085 21 12 06. Site du théâtre Réserver  

Comme le nez au milieu de la figure

de Florent Barat

de 6 à 12 ans Jeune Public
Mise en scène : Sophie Arnulf, Amélie Lemonnier
 
Avec : Amélie Lemonnier, Sophie Arnulf

Régie : Léopold De Neve
Éclairages : Nicolas Marty
Son : Michel Bystranowski
Compositeur : Miko Chaudagne
Costumes : Marine Vanhaesendonck, Margaux Vandervelden
Scénographie : Hugo Cruchon Dupeyrat, Geoffrey Boissy
Masques : Dominique Brevers
Graphisme : Elise Neirinck
Regard artistique : Roberto Priamo Sechi, Léa Schwebe

Durée : 55' Photo : © Nicolas Bomal  

Coproduction : Rafistole Théâtre, Collectif Wow

Revoir : http://www.ruedutheatre.eu/article/1052/l-oiseau-vert/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/3074/jojo-au-bord-du-monde/