Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 21 juillet 2017
De Gaulle et Churchill, face à face, à la veille du débarquement en 1944 sur les plages de Normandie. L’opposition est nette : chacun a son ambition, chacun pense à sa nation.

Le 4 juin 44, Churchill convoque De Gaulle pour lui annoncer l’imminence d’un débarquement auquel la France est dissociée. C’est un affrontement où Bentégeat résume ce qui sépare radicalement les deux hommes mais laisse apparaître aussi ce qui est susceptible de les réunir. Il y aura donc durant les jours qui précèdent la grande opération destinée à abattre le pouvoir nazi un chassé croisé entre les deux dirigeants pour arriver à satisfaire leurs ambitions et garder un certain équilibre entre les alliés.

Chacun défend une conception particulière de la démocratie. Chacun est une personnalité forte. L’un est tout de rigueur et d’ascétisme ; l’autre bon vivant amateur d’alcool et plutôt pragmatique. Ces incompatibilités éclatent. Notamment dans la foi que l’un place dans une Europe future et l’autre dans une hégémonie anglo-saxonne.  Elles renvoient alternativement dos à dos ou gueule à gueule les alliés appariés malgré eux.

Quand on connaît la verve caustique du Grand Charles et les jugements corrosifs du ventripotent Winston, on sait que ce ne sera pas triste. L’un comme l’autre ont le sens des formules définitives, lapidaires, cinglantes, caustiques, impitoyables. Cette joute oratoire est en effet réjouissante comme le sont certains mots d’auteur. Il est vrai qu’il s’agit ici d’un théâtre très traditionnel (au point que le metteur en scène s’est senti obligé à un moment de faire apparaître sur l’écran vidéo les mentions bureau de De Gaulle en jardin et de Churchill en cour comme si le public n’était pas assez futé pour se rendre compte que le plateau est divisé en deux). Rien de neuf mais une efficacité certaine.

 

Un réalisme étudié

Le décor est réaliste. La projection filmée qui tient lieu de fond de scène montre bien ce qui se passe aux alentours. Les comédiens sont typés à prendre un minimum de ressemblance physique avec les personnages qu’ils incarnent avec brio. Pascal Racan est parvenu à prendre une part des intonations du sauveur de la France, sans tomber dans le caricatural d’un Henri Tisot qui fut son imitateur ; Michel de Warzée a trouvé un accent qui n’est pas exactement celui qu’on prête aux Anglais mais s’en approche.

Il ressort de ce débat que, lorsque le sort du monde doit se décider, quelles que soient les idéologies, ce sont finalement les principes de la realpolitik qui prennent le dessus. Que les ambitions politiques gouvernent davantage les citoyens que les grands principes républicains ou monarchistes. Que derrière la façade connue des dirigeants se vivent aussi des drames et des considérations humains qui donnent l’impression qu’ils ne sont pas différents du commun des mortels.

On quitte la salle avec l’impression d’être entré dans l’intimité des grands de ce monde, qu’ils sont devenus des familiers, qu’on a assisté à un épisode capital de ce qui a constitué le monde tel qu’il devenu aujourd’hui, qu’on a participé aux débuts d’une érosion lente de la démocratie parlementaire.

Meilleurs alliés
Avignon - Avignon Off Du 07/07/2017 au 30/07/2017 à 18h40 Tremplin 8, Ter rue Cornue 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 05 00. Réserver   Paris Du 07/09/2017 au 21/10/2017 Théâtre du Petit Montparnasse 31, rue de la Gaîté Téléphone : 01 43 22 77 74. Site du théâtre Réserver  

Meilleurs alliés

de Hervé Bentégeat

Théâtre
Mise en scène : Jean-Claude Idée
 
Avec : Pascal Racan, Michel de Warzée, Laurent d'Olice, Denis Berner

Décor, costumes : Jean-Claude Idée

Son, vidéo: Olivier Louis Camille

Durée : 1h20 Photo : © Bernard d'Oultremont  

Production: Comédie Claude Volter, Petit Montparnasse