Michel VOITURIER Namur
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Publié le 12 janvier 2018
Parler de la mort en Occident n’est pas aisé. Parler de la disparition de sa propre mère l’est encore moins. Surtout si on désire éviter le pathétique, l’émotion à fleur de peau, l’appel à la compassion ou la dérive vers le cynisme. Mohamed El Khatib évite les écueils et surprend.

Écarter tout effet au théâtre, est-ce encore du théâtre ? Se passer d’effet, n’est-ce pas plutôt le comble du théâtre, de l’artifice qui est l’essence du théâtre ? Le choix de Mohamed El Khatib est celui-là pour nous rapporter la fin de vie de sa mère.

Le plateau est vraiment nu. On ne peut considérer comme décor la présence d’un écran plat et celle de quelques objets rassemblés sur un meuble fonctionnel : caméra, livres, chapelet... L’éclairage est un plein feu et celui de la salle ne s’éteint jamais. Du coup, le public n’est pas certain que la représentation a ou non commencé.

Le comédien auteur ne joue pas vraiment. Il lit sans trop d’intention dans son débit et sa texture de voix un texte qu’il a écrit. Il n’y a pas de connotation politique, idéologique, sentimentale dans ce qu’il narre. Cela relève d’un détachement volontaire. On songe à l’incipit du roman d’Albert Camus,            «L’Étranger » : « Aujourd’hui, maman est morte ». Cette phrase qui donne d’emblée le ton ado du vécu considéré comme objet à observer le plus objectivement possible.

Le récit se construit à partir d’enregistrements filmés et enregistrés, de notes éparses, de courriels ou de sms, de documents divers, de messages laissés sur boîte vocale. Ce sont des fragments de réel qui s’insèrent dans une narration non linéaire, bâtie sur des bribes d’entretiens, de journal intime, d’anecdotes. Ces dernières ne sont pas dénuées d’humour. C’est qu’une réalité, même dramatique, est susceptible de contenir des éléments comiques.

Et nous rions. Parce qu’un imam lit des sourates en tenant le Coran d’une main et envoyant des textos de l’autre. Parce que le groupe musical convoqué à l’enterrement joue d’une façon lamentable jusqu’au moment où on lui refile un peu d’argent. La vie côtoie la mort. Et puis, soudain, c’est terminé. L’auteur-acteur s’en va. Il sort. On hésite à applaudir. Il est parti. Il ne reviendra plus. Il nous laisse là avec au fond de nous quelque chose qui n’est pas de la tristesse, qui est un précieux moment d’existence proche de chacun.

Finir en beauté
Namur - Belgique Du 18/04/2017 au 22/04/2017 à 19h Théâtre de Namur 2, rue du Théâtre Téléphone : 081 226 026 ou 070 22 88 88. Site du théâtre Réserver   Narbonne Du 02/05/2017 au 05/05/2017 à 19h 20h30 Le Théâtre + Cinéma - Scène Nationale 2, avenue Maître Hubert Mouly Téléphone : 04 68 90 90 20. Site du théâtre Réserver   Tournai - Belgique Du 27/02/2018 au 28/02/2018 à 19h30 21h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver  

Finir en beauté

de Mohamed El Khatib

Seul en scène Théâtre
Mise en scène : Mohamed El Khatib
 
Avec : Mohamed El Khatib

Environnement visuel : Fred Hocké
Environnement sonore : Nicolas Jorio

Durée : 1h Photo : © DR  

Production : Zirlib
Co-production : Tandem Douai-Arras/Théâtre d’Arras, le Théâtre de Vanves, le Centre Dramatique National d’Orléans/Loiret/Centre, la Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau.
Soutien à la création : Festival ActOral (Marseille), association Beaumarchais-SACD, Fonds de dotation Porosus.
Aide à la création et à l'écriture : CnT, Association Beaumarchais-SACD, Région Languedoc-Roussillon.

Ecouter :  https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/finir-en-beaute-piece-en-un-acte-de-deces-de-mohammed-el-khatib?xtmc=el%20khatib&xtnp=1&xtcr=1

Lire : MahmedEl Khatib, Finir en beauté (Pièce en un acte de décès), Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2015

Prix : Grand Prix de Littérature dramatique 2016.