Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 11 octobre 2016
L'action se déroule pendant une seule nuit, dans le même lieu africain, pour une même intrigue dramatique qui met en scène un personnage venant réclamer le corps de son frère mort en des circonstances suspectes: voilà bien une tragédie moderne dans le respect des règles classiques...

Le pays n'est pas nommé, vraisemblablement situé en Afrique de l’Ouest, mais le lieu est précis: un chantier français de travaux publics à l'arrêt (un pont en construction), cerné de barbelés, de gardes et de miradors. Une poignée de Blancs y vit, reclus. Au-delà, c'est la grande forêt équatoriale mystérieuse.

Ils sont trois Blancs, deux hommes: Horn/Thierry Hellin, le chef de chantier, la soixantaine, et qui "s'est fait tout seul", Cal/Fabien Magry, ingénieur alcoolo-colérique, la trentaine, et une femme, jeune, Léone/Berdine Nusselder, plutôt "nature", qui débarque en direct de Paris-Pigalle quasi sur commande de Horn, et un jeune Noir, Alboury/François Ebouele.

L'élement déclencheur de la tension, qui ne cessera de monter, c'est lui, Alboury, venu réclamer la dépouille de son frère officiellement mort accidentellement sur le chantier où il travaillait, en réalité tué et jeté dans les égouts par un ingénieur blanc qui se révélera être Cal. Malgré les tentatives de négociation de Horn, Alboury restera inflexible: il ne partira pas avant d’avoir retrouvé le corps. Et Horn doit en parallèle, cette même nuit, gérer l'arrivée de Léone, sa future femme... 

C'est donc aussi de la petite communauté blanche qu'il s'agira, de ses rapports avec le peuple noir qui l'entoure, qu'il a du mal à comprendre, et dont il craint les réactions. Alboury n'a pu pénétrer sur le chantier si bien surveillé que grâce à une complicité probable des gardes noirs... va-t-on risquer l'affrontement ? D'autres barrières existent: sexe et langue. On y parle français mais aussi allemand alsacien (Léone) et ouolof (Alboury). Et puis, toujours, cette incommunicabilité entre les êtres humains, ici un trio isolé, un quatuor disparate...

"... j'ai toujours pensé que, si on regarde longtemps et soigneusement les gens quand ils parlent, on comprend tout"(Léona).

On se souvient que Bernard Koltès fut à l'époque - les années 80 - un des "nouveaux" auteurs français les plus joués (traduit dans une trentaine de langues) et les mieux cotés. La pièce a connu deux versions :1983 et 1989, et c'est cette cette dernière que Thibaut Wenger a choisi de porter à la scène aujourd'hui.

La nuit scénique sera sombre à souhait: à aucun moment Matthieu Ferry n'éclairera franchement le plateau mais jouera de subtiles variations d'intensité dans une scénographie d’Arnaud Verley très évocatrice, grâce également au paysage musical et sonore composé par Geoffrey Sorgius, Grégoire Letouvet et Marc-Antoine Perio, l'ensemble baignant dans une sorte de brume peristante qu'on peut même ressentir poisseuse... Une immersion qui plonge le spectateur dans un envoûtement permanent.

Le metteur en scène Thibaut Wenger a dirigé ses acteurs vers un réalisme moderne; il l'est parfois un peu trop pour certains mais il n'en met que mieux en valeur la calme détermination, l'intégrité, du personnage central Alboury. Et puis ne s'agit-il pas de circonstances hors normes, où les esprits sont en surchauffe, où tous les sens sont exacerbés ?

Au-delà du réalisme, on pourrait voir une intention métaphorique chez Koltès: un pont qui reste inachevé, une nuit noire et chaude comme l'enfer, le feu d'artifice/S qui ironiquement signe la mort...
Et si, aussi, au-delà du chien de Cal (du nom de Toubab, surnom des Blancs), et si, bien plus que les chiens des gardiens... c'étaient eux les chiens, ces Blancs irrespectueux du sacré pour Alboury le nègre combattant pour la dignité humaine ?

Combat de nègre et de chiens
Bruxelles - Belgique Du 05/10/2016 au 16/10/2016 à me-ve: 20h15 - ma - sa: 19h - di : 16h Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : +32 (0)2 223 32 08. Site du théâtre

Tournée, dates arrêtées: le 04/11/2016, 20h30: Relais culturel régional de Thann (FR) - Le 09/11, 20h30 et 10/11, 19h: La Filature", Mulhouse (FR) - Du 26/04 au 29/04/2017, 20h30: Taps Scala, Mulhouse (FR)

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Combat de nègre et de chiens

de Bernard-Marie Koltès

Théâtre
Mise en scène : Thibaut Wenger
 
Avec : François Ebouele, Thierry Hellin, Fabien Magry, Berdine Nusselder

Scénographie: Arnaud Verley
Lumière: Matthieu Ferry
Musique et sons: Geoffrey Sorgius, Grégoire Letouvet, Marc-Antoine Perio
Costumes et accessoires: Claire Schirck
Régie plateau: Sébastien Corbière et générale: équipe du théâtre des Martyrs

Durée : 2h Photo : © Christophe Urbain  

Création-production:"Premiers Actes", Munster (FR)
Coproduction:"La Servante", Bruxelles (BE)/"La Filature", Scène Nationale de Mulhouse (FR)/Relais culturel régional de Thann (FR)
Soutiens: Fédération Wallonie-Bruxelles, service du théâtre, /Ministère de la Culture/ la DRAC Alsace/Région Alsace, dispositif Arts vivants en Alsace/Les Régionales, SPEDIDAM/ADAMI.
Accueil: Théâtre des Martyrs, Bruxelles (BE) et en Accueil en résidence au Relais culturel régional de Thann (FR)

Dernière parution: texte de la pièce suivi de "Carnets", aux éditions de Minuit, Paris, 2003 - Bernard-Marie Koltès, né à Metz en 1948, est mort à Paris en 1989
Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/2309/platonov-ou-presque/
http://ruedutheatre.eu/article/1773/woyzeck/