Critique - Spectacle musical - Dunkerque
(Not) a Love Song
Rhytmer des rêves de gloire
Par Michel VOITURIER
Un plateau en noir et blanc. Une projection de diapositives en noir et blanc. Des costumes blanc et noir, avec parfois la touche colorée d’un accessoire. Et des tas d’allusions au bon vieux cinéma noir et blanc. Tout mise sur l’opposition, la dualité, l’antagonisme.
Au milieu de ce décor, qui imite aussi bien un salon qu’une loge de comédien, deux femmes et un homme chanteurs-danseurs, un musicien. Là vont se succéder des chorégraphies agrémentées de chansons. La trame, qui apparaît dans les paroles des couplets, qui transparaît à travers gestes et attitudes, c’est l’aspiration à passer du statut d’individu anonyme à celui de vedette adulée.
Mais Alain Buffard se complaît dans la richesse de sens que recouvre l’ambiguïté. S’agit-il de femmes frustrées rêvant inlassablement de devenir idoles du public ? S’agit-il au contraire d’anciennes gloires cultivant obsessionnellement la nostalgie d’une gloire passée ? La présence d’un fan, élément essentiel du trio d’interprètes, n’éclaire en rien l'équivoque. Il s’avère tout aussi bien incarner le manipulateur qui fait croire que le but est atteint ou le mélancolique qui compatit au sort de celles qu’il a adora autrefois.
Cette représentation est bourrée d’énergie. Les danses caracolent. Les corps sont tendus et les gestes nerveux. Toute une potentialité de vie charnelle éclate à chaque mouvement. Les voix dynamisent les chansons (heureusement surtitrées en français) empruntées tant à Kurt Weill qu’à Lou Reed, Iggy Pop ou Nina Simone… Il y a là un plaisir évident qui se partage entre danseurs, musicien et public.
La performance est convaincante. Reste qu’une fois passé le plaisir du spectateur, la question se pose de l’intérêt d’une telle démarche. Un peu comme une bulle de savon, faite d’une beauté éphémère dont plus grand-chose ne demeure une fois qu’elle a éclaté.
Michel VOITURIER, Lille










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