Publié le 2 février 2009
Ce n’est pas une chanson d’amour. Ni une comédie musicale. Ni un opéra. Ni un ballet, pas davantage qu’une pièce de théâtre ou un récital de variétés. Alors, c’est quoi ? C’est tout cela simultanément en un objet théâtral non identifié aux allures expérimentales.

Un plateau en noir et blanc. Une projection de diapositives en noir et blanc. Des costumes blanc et noir, avec parfois la touche colorée d’un accessoire. Et des tas d’allusions au bon vieux cinéma noir et blanc. Tout mise sur l’opposition, la dualité, l’antagonisme.

Au milieu de ce décor, qui imite aussi bien un salon qu’une loge de comédien, deux femmes et un homme chanteurs-danseurs, un musicien. Là vont se succéder des chorégraphies agrémentées de chansons. La trame, qui apparaît dans les paroles des couplets, qui transparaît à travers gestes et attitudes, c’est l’aspiration à passer du statut d’individu anonyme à celui de vedette adulée.

Mais Alain Buffard se complaît dans la richesse de sens que recouvre l’ambiguïté. S’agit-il de femmes frustrées rêvant inlassablement de devenir idoles du public ? S’agit-il au contraire d’anciennes gloires cultivant obsessionnellement la nostalgie d’une gloire passée ? La présence d’un fan, élément essentiel du trio d’interprètes, n’éclaire en rien l'équivoque. Il s’avère tout aussi bien incarner le manipulateur qui fait croire que le but est atteint ou le mélancolique qui compatit au sort de celles qu’il a adora autrefois.

Cette représentation est bourrée d’énergie. Les danses caracolent. Les corps sont tendus et les gestes nerveux. Toute une potentialité de vie charnelle éclate à chaque mouvement. Les voix dynamisent les chansons (heureusement surtitrées en français) empruntées tant à Kurt Weill qu’à Lou Reed, Iggy Pop ou Nina Simone… Il y a là un plaisir évident qui se partage entre danseurs, musicien et public.

La performance est convaincante. Reste qu’une fois passé le plaisir du spectateur, la question se pose de l’intérêt d’une telle démarche. Un peu comme une bulle de savon, faite d’une beauté éphémère dont plus grand-chose ne demeure une fois qu’elle a éclaté.

Michel VOITURIER, Lille

(Not) a Love Song
Dunkerque Le 06/02/2009 Bateau Feu place du Général de Gaulle, 59376 Dunkerque Téléphone : 03 28 51 40 40 . Site du théâtre   Marseille Le 21/02/2009 Le Merlan Avenue Raimu, 13307 Marseille Téléphone : 04 91 11 19 20. Site du théâtre  

(Not) a Love Song

de Alain Buffard

Spectacle musical
Mise en scène : Alain Buffard
 
Avec : Miguel Gutierrez, Vera Mantero, Claudia Triozzi, et Vincent Ségal

Scénographie : Alain  Buffard
Adaptation  musicale :  Vincent Ségal
Lumière :  Yves  Godin
Costumes : Yohji  Yamamoto  et  Casey-Vidalenc (Miguel  Gutierrez),   Chanel (Vera  Mantero) , Christian  Lacroix (Claudia  Triozzi),  Casey-Vidalenc (Vincent  Ségal )
Réalisation des fauteuils : Claire Vaysse

Photo : © Marc Domage  

Production : PI:ES
Coproduction : Festival  Montpellier  Danse  2007,  Festival  d'Automne à Paris, Les  Spectacles  vivants  -  Centre  Pompidou,  Centre  chorégraphique  national de Montpellier  Languedoc-Roussillon  -  programme ReRc,  Centre  de  Développement Chorégraphique  de  Toulouse  Midi-Pyrénées,  L'échangeur  ­  Fère en  Tardenois,  Tanzquartier  -  Vienne