Ils sont cinq – deux femmes et trois hommes - présents devant nous pour témoigner d’un événement sans précédent : la catastrophe de Tchernobyl et ses conséquences, locales ou éloignées, immédiates ou à venir… Pas de communication, encore moins de contacts directs entre ces personnages qui jouent comme des voix séparées bien qu’unies dans un même discours en forme d’oratorio. Témoins immédiats – victimes donc – du cataclysme, ils jettent en l’air une parole désespérée, à la mesure de la tragédie qu’ils sont en train de vivre… et qui les tue à petit feu.
Une parole accusatrice…
Cette parole est aussi accusatrice… Elle remet délibérément en question les propos attendus de la parole officielle. Celle des organismes politiques – politiciens plutôt – et celle des experts – notamment ceux qui, en France, osaient dire que nuage de Tchernobyl s’était arrêté à nos frontières !... – A ces annonces fausses qui se voulaient rassurantes pour une population dont on sait maintenant qu’elle pouvait avoir justement quelques raisons de s’inquiéter, Magali Jourdan, à travers ses personnages, oppose la seule vérité qui doit être prise en compte : la parole poétique et tragique propre à la révolte contre la bien-pensance d’une « science sans conscience » contre laquelle on n’a décidément pas fini de s’élever…
Les cinq comédiens – Pascal Billon, Marie Pagès, Roland Pichaud, Olivier Ranger et Sophie Rossano – prêtent efficacement leurs voix à ces cinq personnages emblématiques. Laurent Ziveri, metteur en scène invité, a usé très intelligemment de ses prérogatives pour entamer un début de mise en espace de ce texte fort et qui pourrait servir de base à une œuvre musicale et chorale qui reste à créer.
Henri LÉPINE, Avignon










sur DailyMotion


