C’est à partir du journal de Jacques Foccart que le spectacle a été conçu et écrit… Les événements de mai 68 ne constituent pas réellement en eux-mêmes une tragédie (il n’y a pas eu mort d’homme). Encore moins pour nous, spectateurs, témoins ici des angoisses politico-existentielles à huis clos du groupe dirigeant, les ministres et le général de Gaulle lui-même… tous complètement dépassés, effarés même, par une situation socio-politique sans précédent pour eux…
Les vœux au peuple de France du 31 décembre 1967 ouvrent le spectacle. Il y transparaît déjà une certaine incapacité pour le chef de l’état à appréhender correctement la situation. Jean-Marie Frin campe un De Gaulle contrasté tout à fait crédible. Tour à tour baderne, bourru, mais aussi parfois subtil et, au bout du compte, stratège jusqu’au machiavélisme…
Du document à la comédie quasi burlesque…
Le dispositif scénique est constitué de cinq armoires identiques par lesquelles entrent et sortent les personnages ou dans lesquelles ils se réfugient – aux moments cruciaux de l’insurrection, ces armoires, renversées dans le plus grand désordre, évoqueront au passage et sans ambigüité une barricade au sein même de l’Elysée symboliquement envahi par l’émeute ! Et l'on assiste, au fil des jours, au défilé des ministres : le Premier d’entre eux Georges Pompidou (Laurent Montel), déjà sur la réserve quant à ses relations avec le Président, Christian Fouchet (Luc Tremblais), Pierre Messmer (Dominique Compagnon), et Jacques Foccart lui-même (Arnaud Décarsin) qui, dans son journal ici adapté, s’est décidément attribué le beau rôle…
Tous les acteurs de cette pseudo tragédie du pouvoir, en réalité une comédie qui atteint parfois aux limites du burlesque, font preuve d’un dynamisme réjouissant et de la meilleure justesse… Le spectacle ne manque pas de mouvement, s’achevant même avec une étonnante et cocasse chorégraphie sur la chanson « A bicyclette » interprétée par Yves Montand…
Cet insolite point de vue théâtral qui nous est donné avec ce spectacle a pour mérite de nous rappeler aussi qu’un certain divorce entre le politique et la société ne date pas d’aujourd’hui et qu’il s’agit là, bel et bien peut-être, de la seule vraie tragédie du pouvoir qui contient en elle-même tous les ressorts d’une perspective de dictature.
Henri LÉPINE, Avignon









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