Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 31 mai 2016
Entre mimodrame et chorégraphie, une reconstitution du combat de l'homme avec la mort où si la musique est importante, les silences ne le sont pas moins, y compris le silence de la disparition.

Quelques phrases seulement, à lire (en surtitrage FR/NL), pour situer le fait personnel qui a inspiré le jeune Salvatore Calcagno : le décès de son père, hospitalisé, mort d'un cancer en un mois. Un drame qui n'évacue pas complètement le grotesque cher à l'auteur-metteur en scène.
 
L'important personnage de la Mère chez Salvatore Calcagno (dont c'est la troisième création) n'est plus ici que plainte et lamento dramatique, et gagne en dignité. C'est elle, la soprano Elise Calluwaert, qui entre d'abord, seule - elle le restera jusqu'au bout -. Son chant s'élèvera et disparaitra sans qu'elle se soit déplacée, figée dans un rôle passif cette fois.

Ensuite ce sera l'arrivée d'une infirmière - on reconnait Chloé de Grom - qui après un tour de piste, guidant un chariot de soins médicaux, va se livrer à un petit déshabillage, dévoilant cette longue robe rouge symbolique de sa vraie nature.

C'est alors qu'elle va convier l'homme - le jeune danseur Axel Ibot - à une danse qui prendra des allures de duel, de carrousel tragique, de chevauchée fantastique... un galop de cheval emballé à de certains moments. C'est une danse à distance car entre eux, il y a cette table-lit couverte de nourriture inutile, elle-même livrée à une valse continue, jusqu'à la danse ultime de l'homme seul.

Ce que son concepteur appelle un "chapitre chorégraphié et fantasmé de journal intime" se décline en en trois tableaux et en trois thèmes : le chagrin dû au deuil, le duel vie-mort, le désarroi et l'errance. Salvatore Calcagno est né à La Louvière, Belgique en 1990, dans une famille sicilienne, et sa principale source d'inspiration est familiale. Le jeune metteur en scène continue dans la même veine autobiographique amorcée depuis "La Vecchia Vacca" (2013) et "Le garçon de la piscine" (2014). On y voyait déjà cette volonté de prévilégier la musique et le langage des corps plutôt que les mots dits.

Avec "Io sono Rocco", on retrouve ses préoccupations personnelles et obsessionnelles à exalter les corps (il reconnait l'influence de Pasolini et du cinéma italien) à les mettre en valeur par la couleur et la lumière, à leur adjoindre la présence d'objets-symboles, comme le couteau trancheur du fil de la vie.

La couleur est essentiellement ici le rouge qu'arbore une Mort-vampire charnelle, non plus diabolique comme la Grande Faucheuse ou le Grand Macabre, mais une femme capable de se cacher sous l'uniforme blanc d'une infirmière au visage d'ange et à la silhouette de mannequin...

La famille toujours présente pour le fond chez le jeune metteur en scène, on la retouve pour la forme de ses spectacles et au sein de la compagnie qu'il a fondée, car il aime s'entourer de partenaires fidèles dans tous les aspects de la création: actrice comme Chloé de Grom, techniciens comme  Emilie Flamant (assistanat), Angelo Guttadauria (musique), Amélie Géhin (lumière), Douglas Grauwels (dramaturgie), Antoine Neufmars (dramaturgie plastique)...

Même si le spectacle est la concrétisation d'un promesse de Salvatore à son père, et que l'homme est donc le père... il faut aussi voir en lui tous les êtres  humains "morts injustement", comme ceux victimes des attentats auxquels le réalisateur n'a pu s'empêcher de penser également.

Io sono Rocco
Bruxelles - Kunstenfestivaldesarts - Belgique Du 26/05/2016 au 28/05/2016 à je-sa: 20h30 Théâtre Varia 78 rue du Sceptre, 1050 Bruxelles Téléphone : +32(0)2.640.82.58 . Site du théâtre Réserver  

Io sono Rocco

de Salvatore Calcagno

Théâtre
Mise en scène : Salvatore Calcagno
 
Avec : Elise Caluwaerts, Chloé de Grom, Axel Ibot

Composition, arrangements: Angelo Guttadauria
Composition vocale: Joris Blanckaert
Création lumière: Amélie Géhin
Direction technique: Kevin Sage
Maquillage: Edwina Calcagno
Costumes: Atelier costume du Théâtre Varia, Adriana Maria Calzetti
Consultants artistiques: Emilie Flamant, Douglas Grauwels, Antoine Neufmars
Remerciements : Claude Schmitz, Pàtryk Wwhassenhov
Techniciens Kunstenfestivaldesarts: Tom Bruwier, Valentin Dabbadie, Hamilton Freitas Vicentini

Durée : 1h Photo : © Antoine Neufmars  

Création-production: Garçon Garçon asbl
"International bookings Apropic"/Line Rousseau - Production: Gabrielle Dailly
Co-production: Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles/Théâtre de Liège/Théâtre Varia, Bruxelles/Charleroi Danses, Maison de la Culture de Tournai / Next Festival
Soutiens: Festival Actoral, Théâtre de Vanves, WBT/D, Istituto italiano di Cultura in Brussels
Remerciements: Théâtre Les Tanneurs/Théâtre Océan Nord/[e]utopia
Accueil : Théâtre Varia

Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/2856/le-garcon-de-la-piscine-la-vecchia-vacca/?symfony=191f6cdcd00675d27db5ee2332e40bac