Michel VOITURIER Lille
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Publié le 17 mars 2016
Que devient Figaro après son mariage en 1784 ? Comment vit-il la révolution qui survient cinq ans après ? Voilà à quoi tente de répondre Ödön von Horváth dans une pièce de 1936.

Prolonger le destin de personnages littéraires célèbres est une idée intéressante. Von Horvath (1901-1938) y répond à sa manière, emmenant le comte Almaviva et sa suite dans une émigration qui leur permet d’échapper aux soubresauts sanglants consécutifs à la révolution de 1789. Cette reprise par Christophe Rauck en pleine crise des migrants est particulièrement opportune et dépasse la simple coïncidence.

Si la noblesse ne change guère de comportement en continuant à agir de façon à croire que rien n’a bougé dans un ordre sociétal considéré comme immuable, la classe moyenne, représentée par Figaro, se dépêche de se laisser porter par les idées nouvelles. Sauf que les inspirations révolutionnaires se transforment rapidement en conformisme de petit bourgeois obnubilé par l’appât du gain et la réussite sociale.

Pour traiter cette mini-épopée étalée sur plusieurs années, Rauck a choisi, en harmonie avec la pièce et les remous de plusieurs époques (Révolution française, montée du nazisme, migrations forcées d’aujourd’hui), un espace-temps éclaté. Il y parvient en morcelant sans cesse le plateau.

Les fréquents changements de décors s’effectuent à vue selon des rythmes très étudiés. La scène est occupée totalement, y compris dans des coulisses rendues visibles. La salle elle-même accueille parfois les acteurs. L’action passe d’un lieu à un autre avec une fluidité de fondus enchainés.

À cette mobilité permanente, le metteur en scène ajoute des effets techniques qui rendent diversifiés les points de vue d’observation. Des caméras saisissent des protagonistes et les renvoient sur une toile blanche géante utilisée en tant que décor, écran pour ombres chinoises ou projections diverses de photos et de films. De la sorte, personnages et mobiliers filmés sont perçus simultanément sous des angles différents.

Un individu sera observé de face et de profil ; un duo dialoguera face à face tandis qu’on voit ses protagonistes plantés sur les planches, tournés vers le public. Un comédien sera saisi en gros plan alors qu’il agit au lointain… Cette manière d’aiguiser la perception visuelle du spectateurs amène à percevoir les personnages de manière différente, plus complète, un peu, toute comparaison gardée, comme les peintres cubistes présentaient au regard des éléments juxtaposés des objets et des êtres qu’ils représentaient.

 



La révolution s'enlise

Hier comme aujourd'hui ?

L’ensemble trace l’histoire de l’évolution de deux groupes à travers des parcours individuels. Les séquences en général assez brèves s’ensuivent montrant elles aussi des facettes de comportements selon l’influence des situations sociopolitiques. Les idéologies sont ainsi confrontées à la réalité de la vie et leurs défenseurs choisissent de les prôner ou de s’adapter aux circonstances par opportunisme, lâcheté, intérêt matériel.

Onze comédiens se partagent les nombreux rôles. Tous ont une évidence présence scénique. Ils occupent l’espace de manières multiples, évitant la monotonie qu’engendrerait l’exposé des métamorphoses de chacun face à son destin de rebelle, de soumis, de sournois, de flexible. Ils sont capables de chanter et pas mal du tout par l’intermédiaire de musiques jouées pour la plupart en direct et empruntées tant à Mozart, Bach qu'à Kurt Weil.

La comédie côtoie le drame. Comme dans la réalité qui a rattrapé la fiction imaginée par Von Horvath. Elle nous rappelle les compromissions, les corruptions, les faiblesses des politiques menées par les pays prétendument démocratiques face aux violences, aux démissions, aux tergiversations. Elle débouche ici  sur une interrogation à propos de l’avenir à cause du bébé que veut Suzanne, qui divorce parce que Figaro se refuse à être père alors même que la vidéo insiste sur la présence de jeunes enfants. Sur la vie poursuivie par les générations montantes.

Figaro divorce
Lille Du 03/03/2016 au 20/03/2016 à ma me ve 20h je 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Quimper Du 23/03/2016 au 24/03/2016 à 20h Théâtre de Cornouaille 1 esplanade F.Mitterrand 29337 Quimper Cedex Téléphone : 02 98 55 98 55. Site du théâtre Réserver   Tremblay-en-France Du 08/04/2016 au 09/04/2016 à ve 20h30 sa 19h Théâtre Aragon 24, bd de l'Hôtel de ville 93290 Tremblay-en-France Téléphone : 01 49 63 70 58. Site du théâtre Réserver   Renens-Malley - Suisse Du 14/04/2016 au 24/04/2016 à ma me je sa 19h di 17h30 Théâtre Kleber-Merleau Chemin de l'Usine à gaz, 9 Téléphone : +41 21 625 84 29. Site du théâtre Réserver  

Figaro divorce

de Ödön von Horváth

Théâtre
Mise en scène : Christophe Rauck
 
Avec : John Arnold (Figaro), Caroline Chaniolleau (la comtesse; une juriste, secrétaire générale au bureau de la Ligue internationale d’aide aux immigrés; Joséphine la femme du pâtissier), Marc Chouppart (un garde-frontière, le commis du bijoutier, Antonio le jardinier du château, Adalbert le pâtissier), Jean-Claude Durand (comte Almaviva), Cécile Garcia-Fogel (Suzanne), Flore Lefebvre des Noëttes (une sage-femme, un médecin), Guillaume Lévêque (un officier, le garde forestier, un client), Jean-François Lombard (un garde-frontière, M. de Chérubin secrétaire de la juriste), Nathalie Morazin (Fanchette, la pianiste), Pierre-Henri Puente (Pédrille, Basile le boucher, un garde-frontière), Marc Susini (un garde-frontière, le bijoutier, un professeur, un brigadier, un commissaire)

Dramaturgie : Leslie Six
Scénographie : Aurélie Thomas
Costumes : Coralie Sanvoisin
Son : David Geffard 
Lumière : Olivier Oudiou
Conseiller musical : Jérôme Correas
Vidéo : Kristelle Paré
Assistanat à la mise en scène auprès de L. Six : Julie Peigné

Durée : 2h20 Photo : © Simon Gosselin  

Production :Théâtre du Nord – CDN Lille Tourcoing

Lire : Ödön von Horváth, Figaro divorce, Paris, L'Arche, 2008