Critique - Théâtre - Avignon Off
La Légende merveilleuse de Godefroi de Bouillon
Un héros malmené par l'histoire
Par Michel VOITURIER
Les marionnettes de jadis donnaient au peuple des leçons. Certes, elles avaient tendance à se moquer avec impertinence de l’autorité et des forces de l’ordre. Mais elles traînaient aussi avec elles quelques relents xénophobes. Les vieilles légendes issues des combats des histoires de Charlemagne, du preux Roland et autres chevaliers avaient pour cible les Sarrazins, ces Arabes colonisateurs de l’Empire chrétien, présentés comme barbares.
Le parti pris par la Cie des Royales Marionnettes est de montrer que les personnages donnés en exemple ont plusieurs facettes, que les versions officielles de l’histoire sont souvent celles qui arrangent le mieux une nation en vue de forger son identité et d’imposer des modèles à ses citoyens. Avec la complicité de Tchantché, figure populaire du théâtre liégeois, écuyer au service du seigneur Godefroy de Bouillon, ce héros national prend un visage autre que celui du glorieux « libérateur » du tombeau du Christ à Jérusalem.
Pour redevenir duc, il se met en effet d’abord au service de l’Allemagne contre le pape. Pour effacer cette trahison et les remords des massacres accomplis, il se soumet ensuite au pontife suivant et part en croisade entraînant ses soldats avec lui. L’itinéraire est jonché de cadavres, jalonné de viols et de pillages.
L’humour au service de la tolérance
Didier Balsaux et Bernard Massuir ont concocté des dialogues entre le seigneur et son domestique, mettant en valeur la naïveté du peuple soumis à ses dirigeants et sa prise de conscience progressive de l’énormité des actes accomplis. Ceci pimenté d’un humour distancié qui ne craint ni les anachronismes, ni les comparaisons avec la situation politique belge, ni le recours à des moments didactiques remettant à leur place les apports à l’Europe de la civilisation arabe.
Les marionnettes sont superbes. Dans la nudité du bois, elles vivent, remuent, cavalcadent, combattent, meurent. Les scènes se succèdent sans faille sur un plateau aux éléments mobiles. Les trouvailles visuelles se renouvèlent constamment, drôles, poétiques, inattendues. Une bande son rigolote accompagne les péripéties de manière parodique. La complicité entre Didier Balsaux et Mélanie Delva est savoureuse, alimentée par d’intelligentes connivences avec le public des enfants comme celui des adultes.
Michel VOITURIER, Avignon










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