Critique - Théâtre - Bruxelles
(Self) Service
Sombre drame en forme de comédie musicale
Par Suzane VANINA
Le pitch de l'histoire est en forme de faits-divers : "Mort suspecte : Sally B., une jeune femme, a été trouvée écrasée dans un banc solaire au cœur de son appartement ; on cherche à savoir pourquoi et comment cela a pu se passer; une veillée funéraire s'y déroule pendant trois jours".
Si l’on se fiait à ce résumé, on pourrait s'attendre à une pièce policière classique, un thriller à la Hitchcock. Rien de tout cela, ou plutôt par bouffées malsaines, traversant un petit délire en trois "actes", dû à l'imagination, à la plume et à la mise en scène de Anne-Cécile Vandalem.
Celle-ci a bien l'intention de plonger le spectateur dans l'angoissante réalité fragmentée de Sally B., qui sera à la fois terrifiante, grotesque et cruellement drôle pour qui apprécie l'humour noir fait de kitsch, de trash, comme de paillettes : coulées de sang et de liquides divers avec coiffures pimpantes et chorégraphies rigolotes.
Une précision diabolique
Avec méthode et une maîtrise parfaite dans la direction d'acteurs, la jeune metteuse en scène fait évoluer ses interprètes - dont elle-même - dans un décor évoquant un aquarium pour le spectateur-voyeur : le 4ème mur habilement employé est une large paroi transparente. Décor exhumé des années 50, scénographie, ombres/lumières et environnement sonore, qui revêtent ici une importance particulière, sont en adéquation idéale avec le propos initial.
Que ce soit Brigitte Dedry, mère plutôt dérangée, Zoé Kovacs, invalide brutale, Anne-Cécile Vandalem, sœur inquiétante ou Lara Persain, la voisine (trop) pleine de vie, elles nous font croire à ces personnages qu'on voudrait "hors du commun"… et ne jamais rencontrer !
Une nunuche pour trois harpies : quatre femmes dans un huis clos infernal où la maison semble un cinquième personnage par ses manifestations agressives… relevant quasi du paranormal. Il est vrai que nous sommes dans la tête de Sally B. en pleine crise, avec ses peurs, ses tocs, ses idées fixes, sa solitude au sein d'une pseudo famille fermée sur elle-même.
Dès lors tout est possible. Bonjour les fantasmes les plus incroyables ! Et cela même si l'auteure, dont c'est la 3ème création, s'est inspirée d'un drame et d'un personnage réel (simple "squelette" d'écriture si l'on ose dire), sujets d'une étude médicale *, avant de s'en écarter dans un magnifique cauchemar surréaliste…Pour une fois, le terme tant galvaudé, prend ici tout son sens !.
Suzane VANINA, Bruxelles










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