Cécile STROUK Paris
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Publié le 24 août 2015
21ème édition pour la Mousson d’été, 2ème édition pour Rue du Théâtre. Nous nous sommes rendus pour la seconde fois à l’Abbaye des Prémontrés, lieu majestueux dont les hauteurs dominent un charmant village traversé par la Moselle, entre Nancy et Metz : Pont-à-Mousson.

L'année dernière, la thématique de ce festival de lectures de théâtre contemporain était la peur. Cette année, la Mousson d'été propose de traiter des questions économiques à travers la notion de "choc thermique", celui qui fait se rencontrer des écritures venues de Syrie, du Maroc, d'Italie, de Catalogne et du Portugal avec celles de Suède et d'Allemagne. Et encore plus au-delà, des Etats-Unis et du Québec. Quelles visions du présent ces auteurs proposent-ils ? Résonnent-elles entre elles ou s'opposent-elles ?

S'il est difficile de répondre à ces questions de manière tranchée, il apparaît en revanche évident que le festival révèle des personnalités artistiques fortes. Toutes unies pour défendre des valeurs humanistes : éloge de la simplicité, de l'ouverture et de la solidarité avec, en miroir, critique d'une mentalité prise dans les affres du capitalisme.

En l'espace de quelques jours, nous avons découvert des textes singuliers proposés pour la première fois sur scène. "Presque égal à", création du Suédois Jonas Hassen Khemiri qui met en scène une galerie de personnages en quête de sens dans un monde obsédé par le chiffre et l'argent ; "La ballade de la soupe populaire", de la Finlandaise Emilia Pöyhönen, qui dresse un portrait loufoque de la pauvreté, sur fond de comédie musicale ; "Programme 1 : linge délicat", de Roukaya Benjelloun, auteur marocaine psychiatre, qui raconte la rencontre dans une laverie entre deux femmes que tout oppose si ce n'est une vie abîmée. Un texte rythmé par une langue acerbe, qui n'hésite pas à titiller des sujets délicats (inceste, alcoolisme) ; "Grounded", de l'Américain George Brant, sur une femme pilote qui se retrouve projetée aux commandes d'un drone, après être tombée enceinte. Brillamment lu par la comédienne Julie Pilod - fer de lance du festival aux côtés de Quentin Baillot - ce texte renvoie à la décadence d'un monde aliéné par le virtuel.

Festival Mousson d'été : un “remède à la connaissance”

Organisées autour de conférences et de déjeuners, les rencontres avec les auteurs sont tout aussi révélatrices de sens, éclairantes et conscientisantes. Nathalie Fillion, écrivaine et metteur en scène, questionne l'écriture contemporaine des femmes ; Philippe Minyana explique le bruit intérieur qu'est son écriture, scandée, précise, "faussement simple".

Les impromptus du chapiteau éphémère de l'Abbaye sont également l'occasion de découvrir des performances inédites, tels que ces deux artistes belges, Eve Bonfanti et Yves Hunstad, qui proposent une forme suprenante de théâtre-récit, tout en mises en abîme. Ou encore les Universités d'été, animées chaque matin pendant la durée du festival pour donner à un parterre de théâtrophiles "des outils d'approche pour rencontrer les textes", précise Jean-Pierre Ryngaert, directeur de ces ateliers.

La Mousson d'été traite sans interruption des dysfonctionnements du monde qui nous entoure. Et pourtant, ce festival apparaît comme une parenthèse, suspendue dans le temps, où la liberté de parole et la créativité prennent le pas sur tout le reste.

Festival Mousson d'été : un “remède à la connaissance”