Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 31 juillet 2015
Un échantillon de trois mini-ballets de conceptions et de contenus différents. Les corps y sont confrontés à la musique, à la parole, à l'espace.

Se succèdent trois créations originales. Elles mettent en scène la confrontation qu'il y a entre le danseur et l'espace, entre la gestuelle et la parole, entre le quotidien et le fantasme.

Palimpseste#1

Tandis que les notes et les silences de Stockhausen résonnent sous la toile tendue au-dessus des gradins, Michèle Noiret tressaute, longe le mur. Ses mains fascinent : elles sont habitées par une chorégraphie qui métamorphose ces membres en vie presque autonome.

La danseuse poursuit son appropriation de l’espace. Sa bouche articule des paroles muettes, comme si, simultanément, elle se racontait ce qu’elle doit faire, elle priait quelque divinité invisible, elle se remémorait une histoire à conter. Ici le corps se relie à l’esprit. Et vice versa. Entassant des langages mêlés. Ce qui se cache se révèle. Ce qui se révèle se cache.

L’élégance domine. La fluidité est sa partenaire attitrée. L’action et la méditation s’accouplent naturellement. Malgré la gravité concentrée du jeu corporel, se glisse par saccades du primesautier, du dérisoire, du gavroche. Des réminiscences de bas-reliefs orientaux se mêlent à des énergies d’arts martiaux. 

Lorsque s’insinue l’homme, David Drouard, c’est la rencontre avec l’autre, le contraire, le complémentaire, le différent. Un dialogue corporel s’invente. Il inscrit l’harmonie. Il s’oppose à la solitude. Une particulière beauté se dispose. Et on s’étonne alors que cela ne puisse durer, encore, durer…

Avec Anastasia

Ici la narration anecdotique, même découpée en fragments, prend le pas sur le reste. Phelippeau dresse un portrait d’adolescente qui rêve de la gloire factice des podiums de miss et se retrouve en danseuse à mille et une lieues de son pays natal. Une part de mime, une autre de comédie, une troisième de spontanéité jeune donne à cette œuvre des côtés bruts d’inspiration improvisée.

Il y a de l’autobiographique dans cette suite de ruptures formelles, chronologiques, psychologiques. Au départ d'un jeu avec l’abondante pilosité, en partie postiche, de sa coiffure, Anastasia Moussier s’amuse à répétition. Les cheveux, à l’instar, de cette chorégraphie, sont là pour voiler et dévoiler.

Le ludique s’exprime parfois jusqu’à la virtuosité. Ainsi de cette espèce de jeu de bonneteau pratiqué crescendo, créant un rythme de gobelets manipulés sur une table devenue tambourin. L’humour est présent à travers des distances soudain prises avec le sérieux supposé être celui de l’art. Les clichés des variétés, des soirées en discothèques, l’inévitable ‘selfie’ à la mode sont décapés par le rire. 

Mais au-delà des trépidations, il est aussi des silences. Certains étirés jusqu’à l’ennui que contiennent certains jours de solitude vide. Et le poids de cette réalité des artistes ajoute une réflexion à ce patchwork gestuel et musical où le public savoure sa connivence avec une interprète impétueuse.

L'Incognito

Elle, l’écrivaine est assise. Elle ne bougera pas. Ses mots seront dits en voix off. C’est leur musicalité qui servira de partition pour que le spectateur soit confronté à un discours d’une part, à une chorégraphie d’autre part sans que la signification de la parole soit vraiment illustrée.

Lui, la créature vivante est en mouvement, dépourvue de visage. Sa lenteur est le début d’une existence qui cherche  à être. La parole soliloque, divague peu à peu. Le corps se livre au sol. Il prend des positions larvaires. Il semble dans l’incertitude car ses gestes sont inhabituels, décalés, sans doute pareils à ce qui se passe dans la tête d’un humain en proie à la migraine.

Immobilité et velléité de se transformer en action sont en tensions permanente. Il s’agit de prouver la vie, une vie qui soit autre que celle contenue dans les phrases. Ni antagonisme, ni opposition. Seulement coexistence en gestation et physique et mentale. L’esprit qui s’accroche aux phrases n’a pas de réponse claire. Il doit inventer un sens neuf à partir du vide qui sépare les phrases et la performance physique. 

Palimpseste #1 – L’Incognito – Avec Anastasia
Avignon - Avignon Off Du 16/07/2015 au 19/07/2015 à 10h La Parenthèse 18 Rue des Études, 84000 Avignon Téléphone : 06 13 22 61 93. Réserver  

Palimpseste #1 – L’Incognito – Avec Anastasia

de Michèle Noiret - Fabrice Lambert, Gaêlle Obiégly - Mikaël Phelippeau

Danse
Mise en scène : Michèle Noiret - Fabrice Lambert - Mikaël Phelippeau
 
Avec : Michèle Noiret David Drouard  (Palimpseste), Fabrice Lambert, Gaëlle Obiégly (L'Incognito), Anastasia Moussier (Avec Anastasia)

Palimpseste

Musique : Karlheinz Stockhausen – "Tierkreis" pour clarinette et piano                                                                                  Costumes : Azniv Afsar
Production : Cie Michèle Noiret/Tandem asbl.
Coproduction : Scène nationale 61/Alençon
Soutiens : Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Service de la Danse ; Théâtre Louis Aragon (résidence 2015), Département de la Seine-Saint-Denis
Michèle Noiret est artiste associée au Théâtre National, Bruxelles.

L'incognito

Production:  L’Expérience Harmaat
Commande : Festival concordan(s)e, Pôle Sud CDC (Strasbourg)
Résidences : Pôle Sud Strasbourg, Villa Médicis Rome, Bibliothèque Faidherbe Paris, CND Pantin.

Avec Anastasia

Production / diffusion : Bureau Cassiopée – Isabelle Morel
Association bi-p
Coproduction: Théâtre Brétigny/L’Echangeur/CDC Picardie. Soutiens : Scène nationale (Orléans), Théâtre Louis Aragon (résidence 2016), Département de la Seine-Saint-Denis
Soutiens: DRAC Centre / Région Centre / Département de l’Essonne

 

Durée : 30' + 30' + 30' Photo : © Sergine Laloux