Publié le 10 février 2009
Un dramaturge est-il le véritable auteur de ses propres pièces de théâtre ? N’est-il pas, en vérité, le jouet de ses personnages à venir, lesquels le manipuleraient telle une marionnette ? C’est la question au départ de cette pièce de Matei Visniec, un peu oubliée par son auteur, que vient de présenter la Compagnie « On est pas là pour se faire engueuler » en avant première du Festival Off 2009.

L'écrivain et dramaturge d'origine roumaine Matei Visniec a inscrit sa pièce dans le sillage de Ionesco, de Beckett… et donc de ce théâtre que, vu d’ici, on qualifia peut-être un peu trop vite « de l’absurde »… Ce qui le fit trancher délibérément avec un théâtre traditionnellement et abusivement étiqueté « réaliste », c’est bien cette volonté de battre en brèche les préceptes aristotéliciens, les unités classiques de temps, de lieu et d’action… Voilà un théâtre qui ne veut pas se prendre pour autre chose que ce qu’il est : un espace de jeu, de parole, hors du temps et de l’espace réel et qui pourtant s’inscrit en lui… Un espace que l’on pourrait qualifier dès lors d’onirique, voire surréaliste, car porte parole incontestable d’un inconscient et de ses signes.

Un dramaturge et ses multiples doubles…

Un auteur (Pascal Billon) est assis devant son bureau, en train d’écrire sa nouvelle œuvre. Sans cesse, il est dérangé par une vieille dame inconnue (Sophie Mangin, un peu  jeune pour le rôle) qui arrive pour l’abreuver de reproches et de conseils. D’autres personnages (Laetitia Mazzoleni, Alexis Schweitzer) viennent l’interrompre pour divers motifs dont le plus flagrant est leur condition inconfortable de personnages de théâtre qui n’existent que du fait du bon vouloir de leur inventeur… La situation de l’auteur, pâle transfuge d’un improbable Dieu  phagocyté par sa propre création, tend alors  à se muer en un véritable cauchemar…

L’espace de jeu est bien délimité. En particulier par une signalisation au sol pour marquer les murs et cloisons d’une construction virtuelle à venir – on pense au film de Lars Von Trier « Dogville ». Les changements – très rapides, voire symboliques – de costumes  se font à vue… Le jeu des interprètes semble être rendu volontairement mécanique, comme au cirque.  Et il est vrai qu’il entre bien dans tout cela une dimension circassienne…

Et il reste, surtout, ce qui fait le fondement même de ce spectacle, un texte magnifique comme on pouvait s’y attendre qui, à lui seul déjà, vaut le déplacement.

Henri LÉPINE, Avignon

La vieille dame qui fabrique 37 cocktails Molotov par jour
Avignon Du 22/02/2009 au 24/01/2009 Théâtre du Chien qui fume 75 rue des teinturiers, 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 25 87. Site du théâtre

Le spectacle sera repris pendant le Festival Off 2009 d'Avignon au Théâtre « le Petit Chien »

 

La vieille dame qui fabrique 37 cocktails Molotov par jour

de Matei Visniec

Théâtre
Mise en scène : Laetitia Mazzoleni
 
Avec : Pascal Billon, Sophie Mangin, Laetitia Mazzoleni, Alexis Schweitzer

Scénographie : Noam Cadestin
Création lumière : Sébastien Piron
Musique : Sébum

Photo : © DR