Cécile STROUK Lyon
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Publié le 6 juin 2015
En coopération avec le théâtre des Ateliers, les Célestins accueillent une création sur la guerre, "War Sweet War", celle qui s'insinue silencieusement dans nos consciences pour détruire la dernière cellule encore préservée qu'est la famille.

Dans War Sweet War, création originale accueillie pendant cinq jours aux Célestins à Lyon, il est question de conflits psychiques, ceux qui mènent à la folie, à celle du meurtre de ses propres enfants et au suicide. Un couple s’aliène dans sa propre maison, représentée en double sur deux étages. En haut, un espace domestique, intact. En bas, le même espace, dévasté. Deux lieux mis en miroir, qui montrent l’effritement de la raison, sur fond de sons électroniques, de murs qui saignent, de chorégraphies destructurées et de mouvements frénétiques.

Inspiré d'un fait divers qui s'est passé il y a quelques années en Bretagne (ndlr : un couple qui tue ses enfants avant de suicider trois jours plus tard), War Sweet War évoque la pression de la guerre. "La guerre comme virus terrible qui ne cesse de se transformer, comme fantôme de notre quotidien, comme pression silencieuse qui finit par détruire la cellule familiale, jusque là préservée", explique Jean Lambert-wild, co-auteur de cette pièce, par ailleurs clown et directeur du CDN de Limoges.

Le couple de War Sweet War incarne cette implosion. La violence de son environnement est telle qu'il est acculé à commettre un acte d'autant plus barbare que en scène avec une minutie grotesque. Accoutrés d'un masque déformant et d'un chapeau melon, les parents offrent un gros gâteau empoisonné à leur progéniture le jour de l'anniversaire de leurs rejetons, lesquels s'esclaffent de plaisir jusqu'à s'éteindre peu à peu. En état de choc, ce couple d'automates déplace chaque objet domestique dans la chambre des cadavres, en guise de mausolée.

Dans cette pièce, deux mondes se côtoient : le monde des vivants et le monde des morts, qu'il semblait intéressant, selon Jean Lambert-wild, de transformer en tragédie en traitant de questions propres à la grande mythologie antique : destin, réconciliation et mort. War Sweet War est une "fable dramatique", d'autant plus forte qu'elle est muette. Théâtralement, aucun mot n'aurait été juste. Face à l'indicible, la musique électronique prend la parole. C'est elle, la voix. Une voix terrifiante qui dit tout le cauchemar que vivent les personnages.

Dans un monde où la peur génère la nécessité absolue de créer des oeuvres artistiques digestes et simplifiées, "War Sweet War marque le refus d'un no man land's de la dialectique", tient à préciser Jean Lambert-wild. Pour lui, "le théâtre est une affaire d'émulation où les oeuvres proposées doivent faire réfléchir, quitte à ne pas être immédiatement intelligibles".

War Sweet War est en un exemple : la pièce prend son sens peu à peu, une fois que les souvenirs qu'on en garde ont fouillé plus en profondeur nos mémoires. Révélant la nausée qu'évoque la dégéneresence humaine.

Par Cécile Strouk, envoyée spéciale à Lyon

Lyon Du 02/06/2015 au 06/06/2015 à 20h Théâtre des Célestins 4 rue Charles Dullin 69002 Lyon Téléphone : 04 72 77 40 00. Site du théâtre  

War Sweet War

de Jean Lambert-wild, Jan-Luc Therminarias, Stéphane Blanquet, Juha Marsalo

Théâtre
Mise en scène : Jean Lambert-wild
 
Avec : Olga et Elena Budaeva, Pierre et Charles Pietri

Musique électronique, synthétiseurs et spatialisation en direct : Jean-Luc Therminarias

Dramaturgie : Jean Lambert-wild, Stéphane Blanquet & Hervé Blutsch

Chorégraphie : Juha Marsalo

Lumière : Renaud Lagier

Percussions : Jean-François Oliver

Costumes : Annick Serret

Accessoiriste : Olive

Scénographie : Stéphane Blanquet & Jean Lambert-wild

Construction du décor : ateliers de la Comédie de Caen sous la direction de Benoît Gondouin

Durée : 1h Photo : © Tristan Jeanne-Vales