Publié le 17 mars 2009
En optant pour toute absence de parti pris dans cette évocation du conflit israélo-palestinien, Mohamed Kacimi frappe juste et fort. Son texte a la fulgurance des pamphlets, la drôlerie des comédies et sort grandi grâce à d’excellents comédiens. Un spectacle avec l’humain au cœur des préoccupations. Intense et beau.

Quelque part au Moyen-Orient. Une ville assiégée. Les habitants du quartier se retrouvent chez Imen pour y trouver un moment de paix. Un soldat vient perquisitionner à deux reprises chez elle. Pendant ce temps, Yad, le voisin cynique à force de désillusion s’évade dans l’alcool. Jusqu’au jour où son fils, épris de patriotisme, tue un soldat…

Le texte magnifique de Kacini nous positionne au cœur des conflits grâce à une construction qui métaphorise ce minimum indispensable à toute guerre : la dualité. Ici deux lieux (comme deux pays), deux « couples » (deux peuples). Le décor modulable permet de passer d’une habitation à une autre, là où se jouent ces conflits internes au cœur d’une autre forme de guerre, la vraie, la meurtrière. Deux couples : la mère et sa fille, le père et son fils, mais aussi, transversalement, ceux que forment les parents (amants) et leurs enfants. Avec un soldat pour messager. Messager de la guerre, bien sûr. C’est donc une guerre des êtres (pas fratricide, plus proche de la « tendre guerre » de Brel, même si les rapports sont parfois terribles) au milieu de celle des armes.

A chacun ses armes

Chacun compose comme il le peut face aux événements. Les femmes optent pour l’oubli dans la coquetterie (Alia porte de la soie parce que couvert d’acrylique « un cadavre ça pue tout de suite ») grâce à un humour ravageur  là où Yad, indifférent jusqu’au cynisme, préfère ignorer le missile qui a tué ses voisins et parler plutôt de littérature (pour « chercher le bonheur dans la catastrophe ») alors que son fils se voit déjà héros, martyr d’une guerre pour laquelle il est prêt à la mort sacrificielle.

Sans un tel titre, cette pièce évoquerait n’importe quelle guerre. Comme dans  « Journal à quatre mains » de Benoîte Groult, Kacini propose, en s’immisçant dans un conflit bien identifiable, une œuvre profondément humaniste avec des êtres qui nous font part de leurs peurs, de leurs malaises. Avec les armes qu’ils croient les bonnes, séduction, cynisme, patriotisme, qu’importe. La metteur en scène focalise à merveille sur cet humanisme en laissant la part belle aux comédiens. Ils le lui rendent bien : leur prestation est un sans faute avec mention spéciale pour la jeune Lily Bloom, à laquelle on ne peut qu’espérer un brillant avenir dans ce métier.


 


 


Terre Sainte

de Mohamed Kacimi

Théâtre
Mise en scène : Sophie Akrich
 
Avec : Bernard Allouf, Lily Bloom, Mehdi Dehbi, Katia Dimitrova, John Kokou

Décor et lumières : Erwan Creff assisté de Caroline Aouin

Musique : Frédéric Minière

Collaboration artistique : Isabelle Fruchart

Durée : 1H20 Photo : © Emmanuelle Blanc