Nabucco
Noël TINAZZI Nancy
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Publié le 27 novembre 2014
Le premier grand opéra de Verdi « Nabucco » est monté à l’Opéra de Nancy comme un rituel religieux. Dans une synagogue reconstituée sur scène, une communauté d’Israélites rejoue et chante la destruction de Jérusalem et la déportation à Babylone. Avant la rédemption finale.

L'histoire de Nabuchodonosor et le mélodrame sentimental, l’épopée des Hébreux déportés à Babylone et la libération du peuple italien sous domination étrangère, la musique légère du bel canto et les accents martiaux ou élégiaques de l’époque romantique...  Tout cela est en jeu dans "Nabucco" (1842), opéra de jeunesse de Verdi, troisième de sa main et premier à connaître le succès, en Italie et à l'international.

Très riche, la production de l’Opéra national de Lorraine, co-produite avec celui de Montpellier, a pris le parti de fondre ces éléments en un seul, celui d'un rite religieux qui se joue dans une communauté d’Israélites d’aujourd’hui. S’il peut sembler d’un abord compliqué avec ses références historiques ou bibliques qui demandent plus amples explications, le spectacle en quatre actes ne manque pas d’émotion ni d’allant.

Remontant aux sources du théâtre et des mystères religieux du Moyen-Age, le metteur en scène anglais John Fulljames s'est inspiré des rituels qui soudent les communautés en jouant (et rejouant indéfiniment) un épisode de leur histoire, à chaque fois remis en scène. A l’appui de sa thèse, il cite l'exemple du village d’Oberammergau, en Bavière, dont les habitants rejouent tous les dix ans la Passion du Christ.

La scène du Grand théâtre de Nancy est ainsi devenue une synagogue avec sa tribune et ses arcades caractéristiques. Les hommes portant la kippa, les femmes le foulard, et les nombreux enfants présents sur le plateau, tous participent à l’évocation d’un des épisodes fondateurs de la mémoire juive : la destruction de la ville de Jérusalem et de son temple par l’armée de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, en 586 avant Jésus-Christ, et la déportation des hébreux à Babylone qui s'ensuivit.

À cette trame historique s'ajoutent des éléments dramatiques totalement inventés par le librettiste de Verdi, Solera, tels que la conversion de Nabuchodonosor à la religion juive et l'intrigue amoureuse qui lie sa fille Fenena à Ismaele, neveu du roi des Hébreux. Liaison qui rend folle de jalousie la fougueuse Abigaille, fille adoptive de Nabucco, ancienne esclave avide de pouvoir et prête à tout pour l’obtenir. Mais tout est bien qui finit bien : les Hébreux sont libérés, Abigaille vaincue s’empoisonne, et le Dieu d’Israël triomphe…

Pour représenter cette succession de tableaux disparates qui marient la fiction à l’histoire et l’intime au communautaire, le metteur en scène a des trouvailles très astucieuses, à effet garanti, comme la maquette du Temple de Jérusalem à laquelle on met le feu (contrôlé), les têtes d'animaux figurant les idoles adorées par les Babyloniens, ou les masques dorés couvrant les visages des païens avides d’or.

Servent également de liant, les citations de l’Ancien testament, précisément du « Livre de Jérémie », qui résument la situation. Ecrites en hébreu sur des grands parchemins portés sur scène par deux enfants celles-ci ouvrent chacun des quatre actes de l’opéra. C’est donc un grand livre d’histoire(s) qui se feuillète sous nos yeux.

Mais l’opéra ne serait rien sans la musique, dirigée avec beaucoup d’énergie par le chef Rani Calderon qui mène l’Orchestre de Nancy en respectant la grande variété des formes musicales proposées par Verdi, tout en contrastes. Particulièrement soignée, la prestation du chœur, personnage à part entière, notamment dans le célébrissime Choeur des esclaves, « Va pensiero… », mis à toutes les sauces, et dont la fonction libératrice est ici pleinement affirmée.

La distribution vocale est quant à elle dominée par le russe Alexander Vinogradov qui dans le rôle du grand prêtre Zaccaria joue d’une voix de basse impressionnante. Dans celui de Nabucco, le baryton Giovanni Meoni dispose d’un beau timbre mais à la puissance limitée.

Quant au rôle de soprano de l’irascible Abigaille, il semble avoir été victime de l’arrivée de l’hiver puisque les deux chanteuses annoncées successivement ont déclaré forfait pour raison de santé. La troisième, Raffaella Angeletti, que nous avons entendue à la première, n’a pas démérité dans sa partition on ne peut plus difficile avec ses aigus aériens plongeant dans les graves abyssaux.

Nancy Du 25/11/2014 au 04/12/2014 à 20h Opéra de Nancy Lorraine Place Stanislas Téléphone : 03 83 85 33 11. Réserver  

Nabucco

de Verdi

Opéra
Mise en scène : John Fulljames
 
Avec : Giovanni Meoni, Alessandro Liberatore, Alexander Vinogradov, Raffaella Angeletti, Diana Axentii

Décors : Dick Bird

Costumes : Christina Cunningham

Lumières : Lee Curran

 

Durée : 2h30 Photo : © DR