Macbeth
Jean-Pierre BOURCIER Paris
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Publié le 28 mai 2014
Il était une fois le noble et ambitieux Macbeth (XIè siècle). Très proche de son Roi, Duncan, il prend ses distances, un peu poussé par sa femme. Puis le trucide, prend sa place et sa couronne. Des siècles plus tard, Shakespeare théâtralise cette tragique aventure. Ariane Mnouchkine, patronne du Théâtre du Soleil, prend à son tour les chemins de l'Ecosse et suit les traces de cet événement terrible dans un spectacle grand angle plein de fureurs, d'astuces et de surprises.

Voilà le 50è anniversaire du Théâtre du Soleil et, à l'affiche, le grand William. Il y a trente ans (1984), Ariane Mnouchkine bouclait un cycle « Shakespeare » commencé en 1981 (« Richard II », « La Nuit des Rois », « Henry IV »....). Son dernier opus en ce printemps 2014, avec sa bande de comédiens/comédiennes, est une plongée dans l'histoire insensée et violente de « Macbeth », guerrier/héros respecté mais subitement vacciné en ambitieux cynique et sans scrupule, plein de haine et de fureur. Ce général Macbeth qui, dans les landes brumeuses d'Écosse fortement chargées de fantômes, élimine son cousin et roi Duncan, prend son trône, sa couronne, et devient un chef d'État autocrate. En prélude, les sorcières à la nuit tombée, nous avaient prévenu. L'aventure de l'ambitieux Macbeth sera truffée de cris et de crimes.

Mnouchkine ne lésine pas sur les moyens pour faire de cette sombre histoire pleine de meurtres et de trahisons un spectacle de grande volée. Mais elle nous installe dans un monde ... contemporain ; change les plans avec une rapidité étonnante ; passe d'un champ de bataille à l'autre ; n'hésite pas à faire entendre les vrombissements d'hélicoptère ou autres bruits sinistres de volatiles de nuit, jusqu'aux hurlements du roi. Car là, c'est Duncan qu'on assassine. Un peu plus tard, on s'étonne, notamment, de ce beau jardin à l'anglaise mitonnée par Lady Macbeth ou encore ces pétales de roses qui jonchent le sol comme autant de gouttes de sang.

Il y a dans cette mise en scène -qui fait jouer une cinquantaine de comédiens quand même -, comme une course folle. Ici, pour éviter ou préparer d'autres crimes, là pour faire des vagues d'événements qui se bousculent et déferlent sans retenues comme ces intrusions ici d'une équipe de télévision, là de photographes et autres journalistes... De quoi troubler la mémoire alors que la musique de Jean-Jacques Lemêtre ne rate rien de l'ambiance pour affoler les esprits. Pour accompagner les comédiens qui, dans ce bouillonnement, se montrent impeccables.

Certe on sort un peu sonné, à bout de souffle après un tel spectacle. Peut-on dire est-ce trop ? Finalement non, pas vraiment quand on songe à l'actualité quotidienne qui met à l'affiche des monstres et des drames à foison. Ici, ce sont des cousins de Macbeth, l'ami Banquo et autres personnages qui sont liquidés sans autres formes de procès...

Dans la série « Écrivains de plateau », ouvrages signés Bruno Tackels et édités par « Les Solitaires Intempestifs », le sixième volume daté de 2013 est consacré à « Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil ». L'auteur Tackels s'interroge sur « une certaine position critique (...), qui consiste à figer le Théâtre du Soleil comme image d'une époque révolue ». Et il va plus loin Tackels, notant que « cette vision critique s'attache à ringardiser son (Mnouchkine) travail et ses prises de position ». Allons donc. Reprenons cette phrase de Tackels que nous trouvons juste : « Le Théâtre du Soleil est souvent déconsidéré par ceux qui ne veulent pas voir des points de résurgence de leurs rêves effondrés ».

Ajoutons aussi quelques remarques d'une autre spécialiste du travail d'Ariane Mnouchkine,  Béatrice Picon-Vallin (CNRS). Elle souligne, dans l'un de ses ouvrages, que le Théâtre du Soleil est un laboratoire d'écriture collective, que "le poumon du spectacle, la musique, est le tapis volant des acteurs qui improvisent", que Jean-Jacques Lemêtre, au "Soleil" depuis Méphisto (1979), est l'alter ego de la metteur en scène". Et Picon-Vallin d'ajouter : "Il s'agit toujours d'aventures sans filet réclamant de longues périodes de répétitions risquées". 

L'actualité mondiale ne reste-t-elle pas pleine de poussées délirantes, de crimes, de pouvoirs politiques démesurés ? Pas mort, donc Shakespeare. Dans sa démesure, cette folie théâtrale portée notamment par le délirant « Macbeth », et signé "Théâtre du Soleil", fera sûrement salle comble.

Paris Du 30/04/2014 au 31/12/2014 à Mercredi, jeudi, vendredi, 19h30. Samedi, 13h30 et 19h30. Dimanche, 13h30 Théâtre du Soleil - Cartoucherie Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris Site du théâtre

Attention : l'arrêt de ce spectacle, créé le 30/04/1014, n'est pas officiellement annoncé

 

Macbeth

de William Shakespeare

Théâtre
Mise en scène : Ariane Mnouchkine
 
Avec : Ils sont trop nombreux pour être tous cités mais notons : Maurice Durozier (Duncan), Serge Nicolaï (Macbeth), Vincent Mangado (Banquo), Nirupama Nityanandan (Lady Macbeth, une sorcière), Duccio Bellugi-Vannunccini et Martial Jacques (les fils Duncan), Seietsu Onochi (le Chambellan), Shaghayegh Beheshti (la journaliste), Sébastien Brottet-Michel (MacDuff), Astrid Grant (Lady MacDuff) en alternance avec Shaghayegh Beheshti...

Musique : Jean-Jacques Lemêtre

Lumière : Elsa Revol avec Virginie Le Coënt

Les sons : Yann Lemêtre

Les costumes du spectacle : Marie-Hélène Bouvet, Nathalie Thomas, Annie Tran et Simona Grassano, Elodie Madebos

Le hall d'accueil est l'oeuvre de l'atelier de peintres dirigé par Anne-Lise Galavielle.

La grande fresque : Didier Martin avec Delphine Guichard

Les soies du spectacle : Ysabel de Maisonneuve (qui les a teintes) et Didier Martin qui les a peintes

Le sol de la scène : Elena Antsiferova

Les brumes, brouillards et nuées : Astrid Grant et Harold Savary

Les jardins, serres et forêts : Shagayegh Beheshti et Maurice Durozier

Les constructions : atelier technique dirigé par David Buizard, Kaveh Kishipour, Marie Antoniazza, Benjamin Bottinelli Hahn

La grande intendante : Hélène Cirque

Durée : 4 heures entracte compris Photo : © Michèle Laurent  

Création à la Cartoucherie/Paris : 30 avril 2014